UN DRAME SOCIAL 557 « Le propre de l'art, disait dans un li\Te récent un philosophe contemporain (r), est de chercher et de croire découvrir un but diYin de la vie, un grand but cligne du sacrifice individuel.» Tous ceux qui liront l'œu\Te cl$:! M. d'Indy verront que c'est cette fin que son :1Uteur s'est efforcé d'atteindre. LE DRA~IÈ Apres un court prélude symphonique destiné ;\ célébrer le courage et les vertus viriles de fcrva:il, le héros du drame, le rideau s'ouvre sur le décor du prologue : Une forêt des temps fabuleux remplie d'oliviers, de chênes Ycrts et <le pins maritimes. Sous le plein soleil, une troupe d'hommes barbares, armés d'arcs et de frondes, lancent leurs traits et leurs pierres contre deux voyageurs qui luttent en dcsespérés. Soudain, l'un des deux héros tombe _percé d'une fléchc. Son compagnon, un Yieillard, cherche à le protcger, la hache à la main. Il tue l'un des assaillants et frappe les autres. Mais l'appi'lt du butin (les armes brillantes des voyageurs) excite les barbares à continuer la lutte. Le vieillard ya succomber, quand soudain on entend Yenir une troupe de caYaliers. Ce bruit met en fuite les bandits; ils craignent l'arrivée des compagnons des Yoyageurs. Cependant ce ne sont pas des guerriers qui courent dans la forêt, mais l'escorte brillante d'une femme, d'une magicienne d'Orient, Guilhen l'enchanteresse. Elle: apparaît sur sa caYalc tigrée, tenant un faucon au poing, Yêtue de riches habits, et suivie de coureurs maures qui portent des arcs, des flèches, des espadons et des couteaux de chasse. Des oiseaux tués pendent à l'arçon des selles des cavaliers. Guilhen s'arrête devant le corps du guerrier et demande au vieillard qui l'accompagne le nom de cet homme blessé et ptù de mourir. Et comme le vieillard reste silencieux et défiant, elle descend de cheval, s'approche du guerrier et contemple aYec crnotion la beauté virile de son jeune visage. A cc moment, des esclaves annoncent qu'ils viennent de rcleYer dans la clairière voisine un grand nombre de cadaYres de bandits; elle admire le courage héroïque de l'infortune voyageur, elle se sent prise de pitié pour cet homme Yaleureux qui vient des contrées lointaines et mystcrieuses. Cependant le blesse a ouvert les yeux. Appuyé sur ses deux mains, l'œil fixe, animé par la fü:yre, il essaie de se relever. Déjà pris de délire, il dit quelques paroles incerta_ines. Il parle de son long voyage; il raconte qu'il doit partir pour accomplir une mission divine, à lui seule rcservée. Mais son effort est impuissant, et bientôt il (1) M. Tarde, dans sa Logique Sociale.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==