La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

556 I.A RE\'UE SOCIALISTE Quoi qu'il en soit, les plus beaux exemplaires du drame romantique, les grands drames de Victor Hugo, IIerna11i, Ruy Blas, les B11rgrn1•cs, ont encore, malgré les critiques imbéciles <le grammairiens ignorants, les ~u\'rcs ks plus capables d'émouvoir de Yastcs foules. Cc serait d'ailleurs une gra\'C erreur de prétendre qu'en dehors du drame musical 011 ne puisse écrire des œuvrcs pleines de force et "d'intérC:t. Les faits seraient en contradiction avec des théories aussi radie.iles. ,\i-jc besoin de rappeler les drames de l\!i\1. Richepin, Coppée, Lemaitre, Porto-Riche, Jullicn, Henniquc, Veyrin (cette énumératio,~ n'est pas limitative), qui, bien qu'écrits d'aprés l'ancienne poétique, sa\·ent faire songer et penser. l\!ais si élevés que soient ces drames, ils ne pomront jamais atteindre i la mC:mc puissance que ceux de l'esthétique nou\·ellc, où tout concourt à accroître l'émotion. Un dramatistc français Yicnt enfin d'écrire un drame conçu selon cette poétique, un véritable drame social, oü tous les moyens capables de donner de fortes émotions esthétiques sont mis en œm-re avec un art supéricur. l\L \ïnccnt d'Indy, en écrivant le drame de FenHl{ll (r), a rcalisé cette forme <l'art attendue et annonccc par les sociologues. Ce drame sera une date dans l\'.:Yolution du thc,itrc français. Il marquera une époque nouYcllc. D,rns cette œu\'l'c, dont l'accent est toujours de la plus cmou\'ante sincérité, le poéte a voulu traduire, sous une forme concrète, acccssib!c à tous, cette grande idée-force que le sacrifice volontaire de l'indi,·idu i l'ensemble des êtres est le point culminant de la grandeur humaine. Dans cc drame essentiellement humain, dcgagé des faits accidentels, reposant tout entier sur une vérité morale de l'ordre le plus cle\'é, l\!. d'Indy a su rendre l'abstraction sensible à toutes les intelligences, en la matérialisant, et en incarnant les grandes idces morales et sociales qu'il Yeut exalter. Toute une conception transcendante de la vie humaine est manifestée par des images, par une traduction pittoresque et plastique. Des pcnsces profondes sont ainsi exprimées d'une façon puissante. Cc drame est naimcnt une œuvre sociale, car les idées qu'il renferme peuvent inciter ceux qui l'entendront à bien agir, à bien vi,Te. Il répond à l'idée nouvelle qu'on se fait de l'œuYre d'art. Les moralistes contemporains \'Culent, en effet, que l'artiste propose toujours aux hommes un idéal noble et elevé, une conception plus large, plus profonde du but de la \'ic, capable de scn'ir de base à la morale de demain. « L'esthétique n'est qu'une justice supcricure », aYait dit flaubcrt. (1) FerMal, « action musicale " en trois actes et un prologue, poème et musique de Vincent d'lndy, a\'ec un dessin de Carlos Schwabe. - A. Durand, éditeur. (Cc drame sera joue au Tht:.itrc de la ;\lonnaic de Bruxelles pendant la saison 1896-1897.)

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