UN DRAME SOCIAL 555 ncment de la démocratie. Cc fait devait aYoir un retentissement dans le domaine de l'esthétique; car, comme le disait Wagner, cc le peuple est la force efficiente de l'œuvre d'art». L'un des C';)rO]lairesdu triomphe des idées démocratiques a été la socialisation des richesses intellectuelles par la diffusion intégrale de l'instruction. De grandes foules sont devenues conscientes, non seulement des faits extérieurs, mais aussi des idées morales, et le nombre des hommes vraiment intelligents ira toujours en s'accroissant. La vie intellectuelle et morale de l'humanité est plus intense. Le sens esthétique s'est développe chez un trcs grand nombre d'hommes; les existences les plus humbles, les plus étroites, sont tra\'ersées d'illuminations splendides, d'enthousiasme, d'espérances sublimes. Un public nou,·eau s'est constitué. Il faut donner a ce public, de jour en jour plus nombreux, des émotions fortes et originales, surtout des émotions collectives; car celles-ci sont les plus puissantes, à cause de la contagion nerYeuse. Une renaissance de l'art dramatique, qui est l'art socialiste par excellence, dcYait nécessairement se produire. Les sociologues ont compris quelle puissance pourraient avoir des œun-es destinées à donner des émotions esthétiques à de grandes masses humaines, et, depuis de longues années, ils incitent les drnmatistes à créer une nouvelle poétique. Ils savent, en effet, que les émotions esthétiques accroissent la Yalcur morale des individus. Les belles actions des héros des drames sont des exemples souvent salutaires pour les spectateurs. Enfin, les émotions communes éprouvées devant un beau drame resserrent le lien social, l'unitc morale, donnent :\ cette foule une même âme; et l'émiettement anarchique, qui est dans les sociétés contemporaines le corollaire nécessaire de l'extrême division du travail social, est ainsi combattu et arrêté. L'art dramatique, qui depuis trop longtemps ne servait plus que de rccrcation frivole, va reprendre son nai rôle, sa mission sociale. Par son but élevé, il va devenir un facteur essentiel de la civilisation. Les anciens genres dramatiques, la tragédie classique toute analytique et route subjective; la comédie de mœurs qui ne décrit que les faits accidentels ; l'opéra, dont la magnificence de la mise en scène ne peut faire oublier l'absence d'idées morales; le mélodrame, œuvre grossière et toute objective, sont impuissants à satisfaire les besoins de ce noll\·eau public. Le drame romantique, dont le but essentiel était de rendre sensibles au cœur les grandes idées morales, a presque atteint la fin souhaitée, mais sa poétique imparfaite a négligé l'usage de la symphonie, qui est si apte à provoquer les émotions collectives. Que l'on sono-e un instant à l'influence sur la foule des cantiques sacrés, ou des t:> hymnes nationales, et l'on comprendra combien l'union de la musique au drame peut en renforcer la puissance.
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