544 LA REVUE SOCIALISTE ration n'est pas sans importance, mais en voici une autre qui est capitale. Une n'.:formc sociale à réaliser dans cent ans vaut très peu de chose, scion M. Gide. Distinguons! Une rt:formc sociale à réaliser dans cent ans qu'on achète aujourd'hui moyennant une addition de 7 à 800 millions à une dette publique déjà tn;s chargée, et qui n'implique ni n'exige directement et nécessairement aucune réforme sociale immédiate, ne vaut en effet pas grand'chosc selon moi. i\lais une réforme sociale qui sortirait son plein effet dans cent ans, et qui se paierait au prix d'un changement complet d'orientation sociale à l'instant même, serait i mes yeux inestimable. Pour créer la plus-·value nouvelle, il ne faudrait rien moins que la transformation de l'agriculture, le reflux des c:i.pitaux et des bras des Yilles vers les campagnes, le changement de la politique intérieure et extérieure, la réforme de l'administration et du gouvernement, la décentralisation, tout cela aboutissant finalement à l'accroissement de la richesse et de la population. Ce serait la sante au !:eu de la maladie. Ce serait, au moins, le retour à la santé. Or, pour les sociétés comme pour les hommes qui les composent, le bonheur est moins d'avoir les choses que de les désirer et d'être en voie de les obtenir. On ne saisit jamais l'idéal, l'essentiel est de l'apercevoir et d'y tendre.Je ne doute pas que l'étude détaillée de la question ne conduise à des amendements importants et peut-être à de profondes modifications de mon plan; mais, quant à celui de M. Gide, je le trouve à la fois matériellement un peu cher et moralement beaucoup trop bon marché. IV En définitive, considérant « tout systémc de nationalisation du sol comme impraticable en tant qu'il s'appliquerait à la propriété déjà constituée, » M. Gide limite l'introduction de ce rt'.:gimc aux « pays neufs, » aux cc colonies, » pour la cc concession de terres nouvelles. » Cette conclusion me parait un peu sommaire. Je suis le premier à reconnaître qu'un pays en pleine décadence économique doit renoncc·r à nationaliser le sol. Mais un pays vieux n'est pas nécessairement un pays en décadence; or, s'il est en progrès au point de n1e économique, c'est-à-dire si l'accroissement de la population y suit l'accroissement des capitaux, d'une part, la valeur de la rente et le montant des fermages s'élévcnt, d'autre part, les services publics se déYcloppcnt et les frais de ces services sont <le plus en plus considérables; pourquoi laisser, d'un coté, les propriétaires fonciers s'enrichir sans travail ni cpargne et, d'un autre coté, les travailleurs s'appaunir du fait des impots? Il n'y a pas de droit contre le droit, ni de prescription en faveur d'une iniquité qui continue à se produire tous les jours. D'ailleurs, la justice n'est qu'un des deux aspects de la raison dont
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