LE PROBLÈME FISCAL 543 cadastre ; une autre étudie les conditions juridiques de la propriété ; ni l'une ni l'~utre ne paraissent chargées de veiller aux droits et aux. intérêts de l'Etat. Et pourtant, la s0lution de la question sociale est là. Et, bien loin que .cette solution nuise aux propriétaires fonciers, elle fournit par surcroît la solution de la crise agricole. Nos paysans-propriétaires, faute de capital, s'obstinent dans une culture mal entendue qui non seulement ne leur procure aucun bénéfice, mais· qui mèmc leur occasionne des pertes, en réduisant à peu de chose, sinon à rien, la valeur de la rente foncière. La politique actuelle consiste à les maintenir dans ces conditions en les aidant à supporter ces pertes : r0 par l'établissement de droits de douane, 2° par la réduction de l'impôt foncier. Le rachat les laisserait fermiers de leurs terres, avec le prix de ces terres comme capital, et les mettrait à même de payer des fermages sans droits protecteurs, par l'amélioration de leur culture. C'est, de même, la vente de leurs terres qui, en changeant les yeomen anglais de propriétaires gênés en fermiers à leur aise, a doté l'Angleterre de cette classe d'entrepreneurs qui font leur fortune dans l'agriculture. M. Charles Gide, qui a consacré à la question qui nous occupe un article (De quelquesnouvellesdoclriuessur la propriétéfo11ciere), dans le Journal des Eco11omistes de mai 1883, et un paragraphe (VI. f.;n1. 1at-io1wlisatio1d1u sol), au Ch. I de la 2• partie de ses Pri11cipesd'éco11omie politique, et qui se montre favorable au principe de la collectivité du sol, suggère un système de rachat qui serait le suivant: « L'État pour- « rait acheter les terres payablescomptn.1e1l livrablesda.119s9 n.11s, et il « est certain que, dans ces conditions, il pourrait les obtenir à un prix « infime ... On peut du reste le calculer mathématiquement par les « tables d'annuités : r ,ooo francs à toucher dans 100 ans, en r 996, << valent aujourd'hui, en 1896, 7r •fr. 98. Donc roo milliards, en « admettant que telle soit la valeur de la propriété foncière en France, « livrables dans roo ans valent environ 800 millions comptant. » Mais l'auteur, après avoir indiqué le plan, ajoute aussitôt : « Nous n'insis- << terons pas nous-même beaucoup pour son adoption, par cette seule <( raison que s'il est vrai que 100 milliards à toucher dans roo ans ne « ,raient pas grand chose, il est vrai aussi qu'une réforme sociale à « réaliser dans cent ans vaut encore moins. » M. Gide adresse lui-même à son système« un reproche grave, celui d'immoralité » qui me parait fondé. Dans ce système, l'État profite de sa durée plus longue que celle de l'individu en vue de « spéculer sur « l'imprévoyance des pères pour dépouiller leurs descendants. ,, D'au- ' tre part, il lui décerne un éloge, celui d'être moins onéreux que le mien, qui me semble immérité, puisqu'il ·coûte 7 ou 800 millions, tandis que, dans le mien, l'Etat rembourse ses emprunts et paie les terres avec le produit de la plus-value nouvelle. Cette double considé-
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