LE PROBLÈME FISCAL 545 l'autre est l'intérêt. J'a~ montré en toute occasion, dans le cours de ces études, comment la propriété collccti,·c des terres et l'absence d'impôt étaient réclamées par l'intérêt, dans le régime industriel et commercial. Mais il y a plus: clics sont des conditions nécessaires de l'installation même de cc régi;nc. Un pays qui commence i exporter certains de ses propres produits et,\ importer en échange certains produits étrangers ne trouYC d'abord clans cette combinaison qu'un double avantage compensé par un double désavantage : l'avantage des consommateurs des produits étrangers importés dont les prix baissent, compensé par le désavantage des consommateurs des produits indigéncs exportés dont les prix haussent; et l'aYantagc des propriétaires des sen·iccs produc - tcurs qui entrent dans la fabrication des produits d'exportation, compensé par le dcsa\'antage des propriétaires des services producteurs qui entrent dans la fabrication des produits d'importation. Cc n'est qu'au fur et à mesure que les services producteurs fonciers, personnels et mobiliers se détournent des industries d'importation vers les industries d'exportation que se fait sentir l'a\'antage final et complet de l'échange international : la baisse du prix des produits importés sans hausse du prix des produits exportés. Or, deux choses sont surtout de nature.: i gêner cc détournement: l'appropriation di:s terrés par des individus inintelligents et insoucieux de leur propre intérêt, en retenant les services fonciers dans de mauvais emplois; et les impôts, soit directs soit indirects, en troublant les variations de prix, soit des produits soit des services producteurs, qui sont le moyen et le ressort de l'équilibre économique national et international. Ainsi l'installation même du régime industriel et commercial réclame la solution de la question sociale. Quant .\ lancer une nation agricole dans la voie des traités de commerce en y laissant culti,·er les terres par des paysans-propriétaires dépourvus de capitaux et de connaissances techniques, et en y maintenant d'énormes <.lroits de mutation, c'est un simulacre de libre-échange qui, en fait, ne peut a\'Oir que les résultats sui\'ants : entrée d'une certaine quantité de produits étrangers, sortie d'une certaine quantité de monnaie indigénc, et retour i l'ancien t'.:tatde choses aprés une crise de baisse gént'.:ralc de tous les prix. Une telle conception est assurément des plus heureuses pour faire entrer quelques bourgeois à l'Institut sous couleur d't'.:conomic politique; mais e1lc n'a pas de sens à tout autre point de nie. Les pays Yieux de l'Europe sont actuellement clans l'alternative de se rajeunir en passant à l't'.:tat industriel et commercial ou de mourir dans l'état agricole. La propriété collectiœ des terres, en elle-même, et l'absence d'impots, qui en est le corollaire, ne sont pas seulement deux œuncs de justice; elles sont deux œuvres d'un intérêt essentiel pour une nation qui veut vine. La justice n'est pas un objet de luxe, 35
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