La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE sonnellcs et la propriété collccti\·c du sol; et cela d'autant plus que, si cc second problemc était en voie de se résoudre théoriquement et pratiquement, le premier lui serait entiéremcnt subordonné. J'ai étudié avec beaucoup de soin les voies et moyens pour la reprise du sol par la communauté, dans le mémoire sur la Théorie 111nlbé111nliqd1uteprix des terres et de leur rncbat par l'Etat (1880), et dans mon article intitulé: U,, économisteinco111w:H.-H. Gossw (1885). Cette étude se résume tout cntiere dans les deux réponses aux deux objections suivantes : 1re Objection. - De deux choses l'une : ou l'État reprendra purement et simplement les terres aux individus qui les détiennent, et il commettra ainsi une iniquité. Ou il indemnisera les propriétaires, et alors l'opération ne lui offrira aucun aYantagc. Réponse. - Il faut écarter absolument la prcmiére alternative. L'État ne doit pas aller à la justice par l'injustice. Il doit exproprier les propriétaires fonciers pour cause d'utilité publique, et voici en quoi cette expropriation lui est avantageuse dallS11-1s1oeciéléprogrefsive. Une société progressive, au point de vue économique, est une société ou, sur un territoire limité, une population croissanle trouve moyen de vivre d'une façon de plus en plus confortable grâce à une somme croissanie de capitaux fruits de l'épargne. Dans une telle société, toutes les raretés, c'est-à-dire toutes les intensités des derniers besoins satisfaits, des produits ou services diminuent, sauf celles des rentes ou des services fonciers, qui augmentent entraînant avec elles une augmentation proportionnelle des fermages. Dès lors, laisser les terres aux mains des propriétaires, c'est perpétuer au sein de la société l'enrichissement indéfini d'une classe parasite; les remettre aux mains de l'État, c'est faire bénéficier la communauté des résultats du progres social. 2c Objection. - Si le fait de la plus-value de la rente et de la terre dans une société progressive est un fait certain et connu, comme il l'est effectivement, les propriétaires fonciers actuels ont dû payer leurs terres en conséquence à un prix spécial; en un mot, ils ont acheté la plus-Yalue. Et si l'État la leur rembourse, comme il le doit, il ne fera sans doute aucune perte, mais il ne fera non plus aucun bénéfice. Répollse. - La plus-value des terres dans une société progressive n'est pas constante, ni su~ceptible d'être complètement chiffrée. Elle depend beaucoup des agissements de l'État. Si l'humanité est actuellement en train de passer du régime agricole au régime industriel et commercial, ce passage constituera un progrés exceptionnel et non prévu, c'est-à-dire qu'il amène'ra un accroissement dans la somme des capitaux et un accroissement de la population d'ou résultera une plusvalue des terres que les propriétaires n'ont pu faire entrer en ligne de compte dans leurs spéculations. En rachetant les terres aujourd'hui

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