LA REVUE SOCIALISTE je n'espère pas te persuader et je crains de t'affiiger de nouveau. Alors, que cette question, entre nous, reste à jamais enveloppée d'un voile, à l'instar de l'idole de Saïs. Je ne puis accepter non plus ton accusation de nihilisme (1). • - (A propos, en voilà un sort étrange : c'est moi qui ai lancé œtte pierre et c'est sur ma tête qu'elle tombe à présent). Je ne suis ,ias nihiliste pour cette raison que je m'explique - en tant que je puis le concevoir - le côté tragique des destinées de l'Europe (bien entendu y compris la Russie). Toutefois je suis un Européen, j'aime mon drapeau et j'ai foi en ce drapeau sous lequel je me suis rangé depuis ma jeunesse. Tu cherches d'une main à renverser ce drapeau, tandis que de l'autre tu crois en saisir un que nul encore n'a déployé, - c'est ton affaire, peut-être as-tu raison. Mais il n'en est pas de même, lorsque tu m'acccuses de poursuivre des buts secondaires ( comme le plaisir de nourrir des parasites) ou de sentiments qui me sont étrangers, comme par exemple de m'irriter contre la jeunesse ... A quoi cela sert-il? N'est-ce pas analogue aux reproches que l'on te fait à toimême, que tu n'as pas la conviction de ce que tu dis et écris, mais que tu le fais rien que par vanité, etc. Ces sortes de conjectures - disons le mot - de cancans, ne sont pas dignes de nous. , Sur ce, je te serre bien la main et te souhaite bonne santé et courage. Je suis trés heureux de savoir que tu m'aimes et suis persuadé, que, réflexion faite, tu conviendras que je n'ai pas mérité ton indignation. Ton dévoué, Iv. TouRGUENEFF. (Traduit du russe par Marie Stromberg.) (1) Le terme de nihilisme que Tourgueneff av:iit lancé dans la littérature n'a pas le sens que l'on lui prête à l'étranger, il a une acception philosophique. (Trad.)
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