La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

CORRESPONDANCE DE TOURGCE~EFF AVEC HERZEN j 35 me suis installé dans mon ancien appartement. Je ne croyais pas que tu pusses te fâcher contre moi à cause <le notre divergence d'opinion au sujet de l' Adresse; tu pourrais encore m'en vouloir d'avoir empêché les autres de la signer, ne fût-ce que pour quelque temps seulement. Je ne puis être d'accord avec toi en ce que tu dis de mes hésitations, de mon inquiétude, de mes explications. Je me souviens, au contraire, avoir exprimé carrément et sans « considérant » aucun ma complète désapprobation pour cc prorl11it ( 1) qui m'avait été prcsenté. Certes, je pouvais me tromper là-dessus, mais, toutefois, en agissant ainsi, j'avais la conscience nette de cc que je voulais affirmer. Je suis parfaitement de ton avis, quand tu dis que je n'ai pas le tempérament fait pour l'action politique et j'ayouc franchement que j'aime mieux garder mon rôle de médiocre politicic_n que d'en jouer un dans le genre d'Ogardf ou de Bakounine. Toutefois, j'attendrai ta lettre prochaine avec impatience; je te serre amicalement la main. Ton I. TOURGUENEFF. Paris, 25 novembre 1862, rue de Rivoli, 210. CHER A. I., Je suis très fàché que tu aies changé d'avis et que tu sois revenu sur l'intention de m'envoyer ta mécbn11/e l ttre. Mais je ne saurais me livrer à des récriminations et en tout cas je suis heureux que tu m'aies répondu de quelque manière que ce soit. Je t'avoue que je m'attendais à une réponse a propos de mes répliques; mais je vois que tu es peiné et même vexé, parce que j'ai fait une allusion a Ogareff ou plutôt à sa théorie sans me servir pourtant de termes violents ou irrévérencieux à son égard. Je me reconnais fautif et je conviens qu'il aurait mieux valu ne pas en parler; je te promets, dorénavant, de ne plus toucher d'un seul mot ce côte dclicat. Cependant, je puis t'assurer que, si je ne suis pas bien disposé en faveur de la théorie en question, ce sentiment est loin d'être aussi inconscient que l'antipathie pour certaines choses que manifeste une femme enceinte. Je pourrais t'exposer très minutieusement les causes qui me font penser ainsi, - mais (1) L'adresse rédigée par Ogareff. Après l'affranchissement des serfs, l'idée de l'Assemblée Natio11n/e préoccupait tous les esprits. On espérait y parvenir en présentant une A.dresse à l'empereur, qui alors .:onvoquerait tous le,; zemstvos en Assemblée Nationale. Ogareff et Herzen eux-mêmes furent sympathiques à cette idée. Tourgueneff n'était pas d'accord sur la rédaction de cette Adresse faite à Londres et en avait rédigé une lui-mème. (Trad.)

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