CORRESPONDANCEDE TOURGUENEFF AVEC ~ERZEN 533 comment se fait-il que mon nom se trouve aussi parmi ceux des académiciens? C'est un mystére pour moi, d'autant plus que tous ces hommes représentent en quelque sorte des généraux de l'état major des fonctionnaires civils, et don~ les noms prospl':rent dans le milieu séminariste. ( 1) Botkine est arrivé ici avant hier; figure-toi que le pauvre homme est presque aveugle. Je crains qu'il ne soit atteint de la même mala.die qu'Ubri, c'est-à-dire d'un ramollissement du cerveau. Il se sent trés affaibli; je veux le mener aujourd'hui chez Royer. Tu as déjà, certainement, reçu des informations à propos du mariage de P. \V. Annenkoff; voici, mon vieux, un exemple pour nous ; il prend une jeune fille de vingt-huit ans, pas très belle, mais bien bonne et intelligente. Mon travail aYance lentement. Tous ces derniers temps je n'ai fait que soigner ma bronchite, ainsi que celle de mon ami Viardot, qui est sérieusement malade. Sleptzoff est venu me voir et m'a donné de tes nouvelles. Tu as voulu me ranger à côté de Bielinski et d'autres encore - j'accepte cette faveur en guise de cordon de l'ordre de Sainte-Anne avec couronne et j'en ressens au fond de mon cœur un vaniteux chatouillement. Et cependant ... Voici ma bonne qui m'apporte ton mot au sujet de Troubetzkoï, etc. Aujourd'hui même je prendrai les renseignements les plus amples sur toute cette affaire et je te les enverrai demain. Il paraît que tu n'es pas encore convaincu que« !'Avenir» (2) ' • na aucune importance. Je t'embrasse et salue ta famille. A demain. Ton dévoué, Iv. TouRGUENEFF. période de l'enfance de cette race, une supériorité sur le progrès de l'Europe, comme si la présence des éléments propres à réaliser un avenir signifiait une supériorité à un état actuel qui est créé par une évolution et qui, dans son progrès, atteint sa destination. " (Œuvres de Htr{m, Genève 1875, t. I, 147, 164-165.) Le mouvement révolutionnaire de l'Occident ayant avorté en 1848-1849, Herzen, d:ms sa manière de voir, se rapprocha d:wantage des slavophiles et créa une école de socialisme slavophile. Cette doctrine lut du goût de la jeunesse russe; elle la charmait par sa simplicité et son harmonie. Tout en flattant ses sentiments patriotiques, elle répondait en même temps au besoin d'idéaliser le peuple humilié pendant la longue période du servage et qui avait tant souffert. C'est de cette conception philosophique que sortit plus tard le 11arod11itcbesfoo, doctrine qui idéalisait le peuple et voulait que la classe dite intelligente se vouât au service de la cause pop~laire. Dans son deuxième article, Herzen développ1it cette idée que ce n'est pas l'Acade111ie des sciences à Pétersbourg qui a rendu les plus grands services :i la Russie, mais bien l'Université de Moscou, qui a produit Tchaadaeff et la doctrine slavophile, et qui a formé Lermontoff, Biélinski, Tourgueneff, Kaveline, mais qui depuis s'est endormie; que ce rôle appartient Il présent aux universités de province pour lesquelles, cependant, le gouvernement ne fait rien. (Trad.) (1) Aujourd'hui encore le clergé, en Russie, forme une caste spéciale. (Trad.) (2) Journal russe dans lequel Herzen a publié plusieurs articlés. (Trad.)
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