532 LA REVUE SOCIALISTE dans chaque numéro en disent assez. Je leur ai den1andé de rayer mon 110111 sur la liste de leurs collaborateurs; ils ont fait mieux, ils m'ont placé à la queue, parmi toute sorte de cabotins. Que faire à présent? Je ne puis pourtant pas entamer une polémique, comme j'ai déjà été obligé d'en soutenir une avec Katkoff. Je n'ai pas encore eu le temps de lire l'article d'Ogareff; je ne manquerai pas de t'écrire mon avis là-dessus et je te prie de me répondre immédiatement au sujet de la mort <l' Aksakoff. Porte-toi bien. Je salue tous les tiens. Iv. Toun. Paris, 12 février 1861. Il y a bien longtemps que je ne t'ai écrit, mon cher Alexandre Ivanovitch, cependant j'ai bien des choses à te dire. Firstly, je dois te faire observer que les deux articles : « Sur la mort d'Aksakoff » et L' « Académie 11, que tu viens de publier dans la Clac/Je, sont superbes, surtout le premier, qui, je le sais, a produit une trés grande sensation à Moscou et même dans toute la Russie ( I). Mais (1) Herzen a écrit en parlant d'Aksakoff et des slavophiles : " Notre amour avait Je même objet, mais il n'était pas de la même nature. " Depuis la première jeunesse, dans leur cœur comme dans le nôtre, était vivace parce que inné, le sentiment inconscient et passionné qu'eux considéraient comme le souvenir du passé et que nous prenions pour une prophétie, l'amour pour le peuple russe, pour la vie russe et le génie national, un amour incommensurable qui avait envahi tout notre être. Et comme Janus ou cet aigk a deux têtes, nous avons porté nos regards vers deux côtés opposés, tandis que dans notre poitrine bat/ait 11n seul cœur. " Eux donnèrent tout leur amour il la mère humiliée et opprimée, mais ce lien naturel d'affection filiale n'avait pas la même force pour nous. Nous flimes élevés par une gouvernante française, et ce n'est que trop tard que nous apprîmes qu'elle nous était etrangère, que notre véritable mère est une paysanne i11timidée et subjuguée; encore pùmcs-nous le deviner gr:î.ceil une ressemblance de traits ... Depuis, nous eûmes pour elle une affection illimitée, mais le cadre de son existence était trop étroit pour nous ... Nous savions qu'elle n'avait point de souvenirs lumineux, mais nous pressentions qu'il lui était réservé un avenir heureux et qu'elle portait dans son sein le germe de celui qui sera notre frère cadet et auquel nous céderons avec bonheur nos droits d'ainesse, sans lui réclamer le plat de lentilles ... » Herzen, qui attribuait :1 la Russie le rôle de rënovateur dans le monde civilise, l'envisageait cependant il un point de vue diffcrent de celui des slavophiles. Déjà, en 1843, après une discussion a,·ec Samarine, il nota sur son carnet : ,, Ils (les slavophiles) affirment que le fruit de la vie européenne devra mùrir dans. le monde slave; que l'action de l'Europe est consommée dans la création de la science de négation de l'ordre actuel et dans le pressentiment de l'avènement du socialisme et du communisme; que le terrain pour le développement organique de cet avenir est le monde slave. » Et plus loin : « Les slavophiles, confiants (et non sans raison) dans le grand rôle que les Slaves, qui appartiennent il une race encore à l'étal primordial, apte à réaliser la conception suprème de la question historico-logique élaborée par l'Europe, sont appelés a jouer dans l'avenir, leur plus grande erreur consiste à persister de voir, mème dans la
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