CORRESPONDANCEDE TOURGUENEFF AVEC HERZEN 527 Paris, 3 juin 1860. Ne te fâche .pas, mon tres cher Alexandre lvanovitch, parce que j'ai agi à la « Halmeulwpf J> (1). Je me proposais d'aller chez toi à Londres et me voilà à Soden, pres de Francfort. Le fait est que pour le moment il me serait impossible de rester plus de trois jours avec toi, et cela n'en valait pas la peine, etc. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au commencement du mois d'août, j'irai, en compagnie d'Hahnenkopf, passer qL~elque temps à l'ile de Wight, où je pourrai alors te contempler et te parler à mon aise, car tu y viendras aussi. Toutefois je t'écrirai encore de Soden. Ma présente lettre te sera transmise par Nicolas Gerntchoujnikofl qne je te prie de recevoir« à bras ounrts ,>. Je suis persuadé que tu lui donneras toute ton affection. Il te remettra deux documents d'une • très grande importance que tu voudras bien publier, et de l'amhenticité desquels je te réponds. Allons! sois gai et bien portant. Je t'embrasse et te dis au revoir, au mois d'août. Je salue Ogareff, ta femme et tous les tiens. Ton dévoué, • lv. TouRGUENEFF. Soden, 10 juin 1860. TRÈS CHER A. I. .. ! Pour le moment, je me bornerai à t'annoncer que je suis arrivé sain et sauf à Soden, petit bourg situé près de Francfort-sur-le-Mein, dans le grand-duché de Nassau; que je suis descendu à l'Holel de l'Europe; que la pluie tombe l verse; qu'un médecin m'ordonne l'eau de source n° 18, tandis qu'un autre me recommande la source n° 19; que les Russes, heureusement, ne sont pas bien nombreux ici, mais qu'en revanche il y a un général, qui, i vingt pas de distance, sé-nt la giffie, les couloirs de caserne dans la nuit, l'entrepreneur de l'approvisionnement des troupes; enfin, qui fait pressentir le cordon de saint Stanislas à son cou; que je me propose de rester ici pendant un mois, après quoi je volerai vers l'île de \Vight pour me jeter dans tes bras (A propos, as-tu déjà recueilli Botkinc? Et Nicolas Gemtchoujnikoff, est-il enfin arrivé?); que selon l'hab,itudc, les musiciens d'ici m'ont salué d'une sérénade qu'ils commencerent par l'hymne russe; (1) Les amis appelaient ainsi Annenkoff, en prononçant son nom Hahneu-Kopf, ce qui, en allemand, veut dire tète de coq. (Trad.)
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