LA REVUE SOCIALISTE Tu me recommandes le livre d'Ivanoff (r); mais le titre en est resté dans ton encrier. Je t'en prie, ne gronde pas Alexandre Nicolaewitch (2) - il doit déjà supporter le blâme <letous les réacs - pourquoi donc le frapper de deux côtés, cela lui ferait perdre tout courage (?). Adieu, porte-toi bien. Envoie-moi sous ba11de tout ce que tu as de fini. Et mon contrefait se vend absolument à mon insu. Dieu sait cc qu'il est et par qui il est lancé. Moi-même, je ne suis pas encore arrivé à croire que ma personnalité puisse intéresser le gros public. Ton TouRGUENEFF. Cher ami, ne te fàche pas de mon long silence; j'ai été obligé de prendre des renseignements exacts au sujet de l'affaire en question. Voilà ce qui s'ensuit: Il ne faut pas chercher la source de ces difficultés dans l'ambassade russe à Paris ou les intrigues de Frank. Elles émanent de certains gouvernements de l'Allemagne du Nord, qui s'adressérent à la police d'ici, en lui faisant voir le danger imaginaire de tes publications. A la suite de cette démarche, tous les libraires reçurent l'ordre de ne point les mettre en vente. En effet, on n'en vendit pas pendant quinze jours; mais, à présent, elles sont de nouveau dans les vitrines - c'est-à-dire elles sont tolérées comme par le passé. J'ai vu la Cloche de mes propres yeux, chez Frank et dans la rue de Rivoli; quelques-uns de ses numéros seulement (8 et 12), de même que les Lettresd'Italie, sont entièrement prohibés. Tout cela m'a été communiqué en secret avec priêre de n'en point répandre le bruit; c'est pourquoi je te prie aussi de ne pas en parler, d'autant plus que la chose est rentrée dans l'ordre. Les libraires étrangers à Paris se trouvent entièrement sous la domination de la police; une simple dénonciation suffirait pour qu'ils fusse:1t expulsés. Mais cc qui, malheureusement, vient, ce me semble, de paraître au jour, ce sont nos affaires de l'intérieur. La réaction, à la longue, lève la tête. Titoff (3) est remplacé par l'idiot Grimm. Kaveline (4) est également (1) Le célèbre peintre russe qui a fait le tableau de l'Apparitio11drt Cbrist art peuple. (Trad.) (2) Alexandre II. (Trad.) • (3) Le précepteur du czarevitch Nicolas Alexandrovitch. (Trad.) (4) Professeur de l'université~- Pétersbourg, chargé de l'enseignement du czarevitch, fut mis a la retraite pour avoir publié, dans le Co11temporai11, un article sur !'affranchissement des serfs. (Trad.)
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