520 LA REVUE SOCIALISTE Poggenpol (r) n'est qu'un intrigant, c'est un Allemand russe . .Il raconte qu'il abhorre les Allemands et« qu'il seul l'union» ( ce sont ses propres termes) avec le paysan russe. Il est venu me voir; d'ailleurs, il est allé aussi chez tout le monde. Dieu sait par quel moyen il a pu accaparer le Nord! Comme le vent, semble-t-il, a changé en Russie, lui s'efforce de ne pas rester en arrière, etc. Un homme qui s'estime ne doit avoir rien a faire avec des gaillards de cette trempe-la. 1 Pourtant, le vent n'a pas encore changé si sensiblement qu'on l'aYait cru. Ces jours derniers, le Co11te111porain(2) a reçu un blâme très énergique de la censure. Beketoff a été éloigné pour avoir reproduit trois poésies de -ekrassoff que Moussine-Pouchkine (3), dans sa fièvre protectrice, a laissées passer non sans arriére-pensèe. Il faut ayouer que, dans cette affaire, Panaeff s'est conduit comme un petit garçon. Pourtant, les poésies du Broc/Jet à l'Opéra(4) - ce sobriquet m'a fait rire a me tordre _: ont obtenu un succès immense, au dire de mes correspondants. Je suis curieux de savoir l'appréciation des journaux anglais sur la note qui a paru hier dans le Moniteur à propos des affaires suisses (5) ... Voila OLl nous en sommes ... nous allons voir. J'ai reçu deux exemplaires de mes Nom·elles et t'en enverrai un. Lis-les i loisir et fais-moi connaitre ton avis li-dessus. Adieu, porte-toi bien et sois gai. Je t'embrasse, de même que les tiens et Ogareff. Je salue ta femme. Ton Iv. TouRGUE~EFF. Pa.ïs, 16 janvier 18p. Mo~ CHER HERZEN, J'ai reçu tes Mé111oires avant-hier et de suite je me suis mis a les lire. L'impression en fut grande et bonne. C'est si jeune et si poétique, tous ces chapitres. La physionomie de ta femme (qu'en effet, nous connaissons tous si peu) est attrayante et très vivante, quelques frag- (r) Le directeur du journal o~icieux le Nord. (Trad.) (2) Revue tres libérale, aux tendances socialistes, dirigée par Nekrasso(f. (Trad.) (3) Censeur. (Trad.) (4) Herzen appela ainsi Nekrassoff, qu'il n'aimait pas, en voulant laisser entendre que celui-ci demeurait étranger aux idées développées dans le Co11ten,porai11, dont il était le directeur. (Trad.) (5) A propos de l'intervention du Conseil Fédéral, lorsque, en 1856, dans le canton de Neuchâtel, éclata une insurrection dirigée par les royalistes acclamant le roi de Prusse, qui avait hérité des CO'.lltes de Neuchàtel. Napoleon III, qui aspirait à l'arbi· trage, avait adressé dans le Mo11ite11r un reproche au Conseil Fédéral d'a\'oir cédé aux influences démagogiques. (Trad.)
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