La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

518 LA REVUE SOCIALISTE Fct ( r) est Yenu passer deux jours ici; je lui ai remis le volume de ses poésies qu'il m'avait donné en le priant de te l'e1woyer. Donne-moi, je t'en prie, signe de vie; rentré à Paris, je t'écrirai souvent et explicitement, mais ici, je suis en proie à une paresse à peine conceYable. \'oici mon adresse : au château de Courtavcnel, pn'.:s de Rosny - en Bric - (Seine-et-Marne). J'embrasse tous les tiens, de même qu'Ogareff. Porte-toi bien. Ton l. TOURGUENEFF. Pdris, 6 décembre 1856. Hier, cher Herzen, je t'ai envoyé 500 francs par la maison Rothschild et je te prie de Youloir bien attendre jusqu'au jour de l'an le paiement de la somme restante. Demande à la maison Rothschild les 500 francs envoycs pour toi de Paris par Tourgueneff et tu les toucheras immcdiatement. J'ai reçu l'An111islie aYec tes autres brochures. Il n'est pas bien commode de discuter cet ouvrage par écrit, je remets donc ce s.ujet à notre entrevue de cet hiver qui devient de plus en plus probable. Pour le moment, je me bornerai à dire que cet écrit m'est très sympathique. Melgounoff, que je vois souvent, ne me laisse pas en repos avec les deux initiales qui devront figurer en tête de ta lettre; il assure qu'il y a là un danger, mais je suis persuadé que c'est tout à fait anodin et je voudrais seulement que les diffcrents détails et les incidents de notre entrevue ne fussent pas mentionnés dans la lettre elle-même. Il y a déjà longtemps que j'ai envoyé à Kolbassine (2) ton autorisation et la « chose » aussi, mais je n'ai pas encore obtenu de réponse. Toutefois je· te dis merci pour lui et pour moi-même; ce serait tré~ beau si, au moins, un de tes romans pouvait passer. On m'écrit de Russie pour me raconter le succès immense, tout à fait inouï, que viennent d'obtenir les poésies de Nekrassoff dont I ,400 exemplaires ont cté épuisés en quinze jours. On n'a pas l'exemple d'un pareil succcs depuis Pouchkine. Il y a longtemps que je ne reçois pas de ses nouvelles. Il p:traît qu'à Rome il est envahi par le spleen et qu'il s'y ennuie beaucoup. Déjà, en l{ussie, la tristesse commençait à s'emparer de lui, mais elle n'était pas aussi aiguë qu'à présent; c'est qu'un homme d'esprit déjà au déclin de sa carriére et n'ayant pas beaucoup d'instruction, bien (1) Poète russe, (Trad.) (2) Editeur russe. (Trad.)

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