La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

516 LA REVUE SOCIALISTE m'arrivaient quelques nouvelles de ta farnille. A prCsent, je suis a Paris pour deux jours, je ne veux pas laisser échapper cette occasion de t'cn\·oycr un mot en te souhaitant tout le bien possible et en te serrant b main. Ot'.1nous rcYcrrons-nous? Les affaires vont de manicre que l'on ne peut donner aucune réponse à cette question. On m'a parlé de ton projet(r), je ne te loue pas d'une chose pour laquelle beaucoup d'autres te loueront, car pour toi c'est tout naturel et tout aussi facile de l'exécuter que de boire une bouteille de champagne. Tu es un brave garçon et je t'aime beaucoup. Je m'en retourne encore un mois à la campagne pour la chasse. Ce qui aprés arrivera - Dieu seul le sait. - Je ne crois pas que tu puisses rester en Suisse. Salue de ma part ta femme, Herwegh (2), etc. J'ai entendu dire que tu as fait une course de glacier. Décris-moi œ voyage. Je te serre la main et me dis à jamais, Ton dévoué, 1. ToURGUENEFF. Paris, 22f.10 juin 1850. Je suis arrivé de la campagne, mon cher Alexandre, une heure seulement après ton départ de Paris. Tu penses comme j'étais ennuyc, je YOudrais tant te voir encore une fois avant de rentrer en Russie. Oui, mon vieux, j'y repars. Mes malles sont faites, je quitte Paris après-demain et dans huit jours je m'embarquerai à Stettin. Tu peux être sûr que tes lettres et tous les paquets que tu m'as confiés seront exactement remis aux adresses indiquées; bien que tu n'aies pas daigné m'informer du lieu de ta résidence, je ferai tout cc que je t'ai promis; je t'enverrai, comme il était convenu, les livres et les journaux en les adressant à la maison Rothschild, pour M110 Ern (3), et aujourd'hui encore j'irai trouver le baron pour l'en prévenir. Dieu sait quand je pourrai t'ecrire encore; Dieu sait ce qui m'attend en Russie, - « mais le vin est tiré, il faut le boire>>. (4) Au (1) Il s'agit du projet de Herzen de fonder une imprimerie russe libre à l'étranger, dans le but de faire paraître un journal russe en dehors de la censure. La publication des premiers numéros de la C!ocbe donna une si vive inquiétude aux amis de Herzen en Russie, qu'ils le persuadèrent d'en finir aussitôt et de faire son possible pour se vouer :t l'oubli en s'éloignant pour quelque temps en Amérique. (Trad.) (2) Poi:te allemand, appartenant au parti démocratique, persécuté dans son pays. En 1848, il a séjourné :t Paris, où il était président du Club des réfugiés alle111a11ds. (Democraliscber Vcrein.) (Trad.) (3) M11 ' Ern avait accompagné la famille Herzen à l'étranger. Plus tard elle se maria a\'ec le musicien Reichcl, ami intime de Bakounine et de Proudhon. (Trad.) (4) Nous mettons entre guillemets le texte même de Tourgueneff quand il est en français. (Trad.)

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