CORRESPONDANCEDE TOURGUENEFF AVEC HERZEN 515 ment polonais en Pologne, et les marques bleues en ressortiront sur l'empire pétersbourgien; il repousse la noblesse polonaise, la chasse de son pays, et le courant va y apporter la nob\esse russe. Portiers improvisés, en vous mettant à votre besogne, vous ne savez pas pour qui vous déblayez et balayez la .route, de même que la louve de Rome ne savait pas qui elle allaitait. Et si ce n'est pas un Romulus·, c'est un Rémus outragé dans le passé, qui marchera dans cette vo,ie sanglante; c'est pour ce Rémus que le czar et ~es satrapes déblaient la route! « Mais, avant qu'il soit arrivé, beaucoup de sang sera versé, on assistera à une terrible collision de deux mondes ... » Dans une de ses lettres suivantes, Tourgueneff fait observer à Herzen que la Cloche, en déviant de la voie de l'agitationp11e1meutpolitique, a perdu son influence en Russie. Mais Herzen, pour défendre sa philosophie par rapport à l'Occident, s'appuie sur l'exemple que présente l'Angleterre (c'était quelques années avant que fut soulevée la question agraire), et parle de l'inertie de ce pays poussée à tel point, que le Times le félicite de l'absence totale d'intérêt de ses dé~ats parlementaires. En revenant sur ce sujet au cours de ses répliques aux-arguments de Tourgueneff, que dans son article il attribue à une tierce personne qu'il appelle « un Monsieur corrigé », Herzen s'exclame : « Qui donc, à présent, parle sérieusement du socialisme (en Occident)? ... » Mais plus tard, lorsque Tourgueneff adressa à l'emperevr une lettre dans laquelle il se défendait de pouvoir inspirer de la défiance et parlait de sa modération, Herzen fut à tel point froissé par cette attitude de son ami, qu'il rompit entièrement avec lui et manifesta son irritation en publiant à son intention un violent article dans la Cloche. Dans cet article il disait : « Notre correspondant nous informe qu'une Madeleine en cheveux blancs (appartenant au sexe masculin) écrivit it l'empereur que, dans sa douleur extrême à l'idée que Sa Majesté ne s'était pas encore rendu compte du repentir qui l'a poussé à rompre toutes relations avec l,,samis de sa jeuuessr, elle perdit son sommeil, son appétit, le repos de son âme et même ses cheveux blancs et ses dents ». Bien que la réconciliation fût survenue quelque temps après, et que Herzen, comme il écrivait à Bakounine, eût « signé son Campo-Formio avec Tourgueneff », il paraît qu'il en avait conservé un sentim,ent amer et que, depuis, il existait toujours entre eux une cert~ine froideur. MARIE STROMBERG. Paris, 31 juillet 1849. Je suis bien fautif, mon cher Herzen, de ne t'avoir pas écrit dqrnis si longtemps, bien que j'aie souvent pensé a toi. Mais je me trouvais à la campagne dans une solitude complete qui fait toujours naitre: en moi une paresse excessive, à laquelle les poetes donnent le nom de « doue~ quiétude, de contemplation», etc. Cependant, de temps à autre,
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