La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

512 LA REVUE SOCIALISTE Fourier, l'EnfJntinisme tendait à rétablir le plus « obscurant » des gouvernements, la tht'.:ocratie, et le plus odieux des droits féodaux, la mainmorte ; sa caractéri~tique est le jésuitisme, le « caméléonisme » ; ses efforts tendent surtout .i séduire de riches donateurs, et à s'enrichir. En effet, par bien des points, les saint-simoniens rappellent I' « Enrichisscz-,•ous >l, de Guizot. De plus, nous cherchons en \'ain parmi eux des martyrs; nous ne trouvons que des parvenus. Ils .ie se mêlèrent à aucun mou,-emellt populaire, se gardèrent de tout danger et de toute compromission rérnlutionnaire, \'Oire même simplement républicaine. Bourgeois aristocrates ils étaient, bourgeois ils restèrent. Je veux bien reconnaître qu'ils conçurent un plan de « crédit intellectuel », qu'ils tcntèrellt, pas longtemps, de créditer le talent, d'rncouragcr les espérances artistes, - qu'a leurs capacités égoïstes ils adjoignirent des vues générales et souvent généreuses, que la bourgeoisie dirigeante aurait dù les écouter et réserver au peuple une p.1rt de la richesse et du confort et des bénéfices que le commerce et l'industrie apportaient, - je rcco1111.1ims ême qu'ils avaient cert;1ines tendances collectivistes, du moins un petit lot d'entre eux comme Duveyrier, qui arnit préparé un plan d'expropriation de tout Paris, ou cet autre qui tonna contre l'héritage ou proclama que la liste civile du roi n'était rien à côte de la liste civile payée par les tr,l\·ailleurs aux oisifs; - et j'admets, pour en finir, que c'est à eux que Paris doit son haussmanisation et la France le fameux plan de travaüx Freycinet, dont on n'ose soule\'er les dessous scandaleux, et M. de Chambrun l'idée de son inutile institut it pn:tentions sociales. i\!ais je ne puis concéder que c\:st à eux, les théocrate~ aristocrates, que l'on doit l'in~truction populaire n'.:cbmêe par les démocrates de toutes écoles, - je ne peux pas comprendre cette fantastique et audacieuse affirmation que l'extension des .:ompagnies financi.'.:rcs ait diminué la puissance de l'argent. Ils ne compren:1icnt la fraternité que comme une aumône octroyée par les riches et les intellectuels; ils n'a\'aient nul sentiment ni de la libert<:, ni de l'égalitt'.:, eux qui n'avaient d'autre mot à la bouche que celui d'ordre. lb 11\:taient ni républicains, ni socialistes. Et :M. \\'eill les accuse de collectivisme ! Collecti\'istes, ces gens qui remettaient la direction de la socit'.:tl'.a:ux industriels, aux ingeniours, aux financiers, aux savants, où tout était hil'.:rarchisé et n'appartenait qu'a un ,·aguc sacre-collège, lui-même sous la d6pcnd,111ced'un P.'.:n:! Oü et quand ont-ils prêchl'.: l'émancipation du travail par les trarnilleurs eux-mêmes associl'.:s ? Ne pou ,·am réaliser l'ambition d'm l'.:tre les prêtres, les saint-simoniens ont peut-t:trc l'.:téles philosophes sincéres et l'.:musde la féodalité bourgeoise, ;\ laquelle, en leur qualité de moralistes, ils ont \'Oulu inculquer le sentiment de ses devoirs sociaux. Ils ont admirablement compris le de,·cnir de leur époque industrielle et financière, et parfois éloquemment traduit la morale que ses dirigeanb aur.,icnt dù s'imposer. i\Iais qu'il nous soit loisible de leur préft:rer les martyr, de l'idée rl'.:publicaine et révolutionnaire et Leroux, et Fourier, et Blanqui, et.: ... et la pléiade des libér.mx et des rt'.:voltl'.:squi, sous Charles X, Loui~-Philippc et ~apolt'.:on III, n.:,·àcnt diverses conceptions d'une Rt'.:publique démo.:r.niquc c.:tsoàtlc ! ADRIEN YEBER. L' Admi11islrate11r-Géra1:1l RODOLPHE SIMON. Suresnes. - Imprimerie G. RICHARD, 9, rll'Cdu Pont.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==