I REVUE DES LIVRES 5 II gues la fondation d'une revue, le Producteur, laquelle disparut un an après sa fondation (1826): « Vous placez vos affiches trop haut pour qu'on les lise », disait Laffitte à Enfantin. Alors naquit le petit cénacle de la rue Monsigny ... Vint la Révolution de 1830, à laquelle très peu de saint-simoniens prirent part, et l'on fonda une revue dogmatique, l'Orga11isatenr, et un journal quotidien de polémique, le Globe, dont la rédaction en chef fut enlevée à Pierre Leroux pour étre confiée à Michel Chevalier. Cependant les saint-simoniens ne par\'inrent pas a persuader LouisPhilippe de devenir le « Napoléon de la Paix ». En présence de l'autoritarisme intransigeant de Bazard et d'Enfantin, promus papes de la nouvelle église, quelques défections se produisirent, le Globe disparut et aussi Michel Chevalier, du moins comme saint-simonien; et l'exode à Ménilmontant fut décrété. Bazard lui-même alla rejoindre Lerminier, Charton, Jean Reynaud à la Revue E11cyclopéd-ique dirigée par Carnot; il fit schisme sur la question de l'amour libre, ce qui ne veut pas dire union libre. Enfantin resta seul Père ... des extravagances et des prophéties obscures sur la venue « messiaque » de la Mère, etc ... Après la condamnation d'Enfantin à un an de prison, condamnation qui fut le salut de sa raison et de celle de ses disciples, c'est la dispersion complète. Chacun conservera la forte empreinte des jours de communion fraternelle, deviendra en des milieux différents un caractère. Enfantin devient l'allié des Rothschild, brasse des affaires avec les Péreire, après son intelligent et efficace voyage en Égypte, où il fait la connaissance de Ferdinand de Lesseps. Reconnaissons cependant qu'Enfantin eut la noblesse de ne pas garder rancune à ce dernier du vol qu'il lui fit de son idée du canal de Suez, et d'être demeuré, lui, riche administrateur du P.-L.-M., fidèle à ses idées lamartiniennes de construction et d'exploitation des voies fen>ées par l'État. Quant à son orgueil coüfiant, il ne le quitta jamais, pas même à son lit de mort. Toujours partisans des faits accomplis, la plupart des saint-simoniens se rallièrent à l'Empire, comme ils s'étaient ralliés à la République de 1848 et à Louis-Philippe, se préoccupant peu de la forme gouvernementale pourvu que l'on adoptât leurs idées même un peu décriées, et leurs personnes. Sous ce rapport, Napoléon III leur donna satisfaction par le développement du crédit et de la liberté du commerce (traités de 1860) et la vigoureuse impulsion donnée aux travaux publics et aux institutions financières. Ils méprisèrent le parlementarisme, mais non pas la pairie ; puis ils firent bien des tentatives pour accaparer Napoléon III dans un but de despotisme financier et industriel. Ils voulurent organiser un culte, mais ce culte consistait à faire des emprunts ; ils annoncèrent les fiançailles de l'homme avec la terre, mais ces fiançailles seront consommées par la création de voies ferrées; ils demandèrent le mariage entre l'Occident et l'Orient, entre le p<1ysdu Père, et celui de la Mère, mais ce mariage, ce sont les ingénieurs et les commerçants qui doivent le préparer, sous la direction des saint-simoniens, qui avaient la réputation de porter encore plus de bonheur à une entreprise que de5 Juifs. Pour ma part, je ne trouve pas beaucoup trop exagéré le jugement porté par Fourier sur le saint-simonisme, j'allais écrire la sainte simonie. D'après
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==