La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

REVUE DES LIVRES temps des complicités soit secrètes soit hautement avouées dans une ou plusieurs fractions parlementaires. Paris se trouYa donc dans la situation de Médée. Lui, lui seul, ç'aurait été assez, si la Commune s'était carrément proclamée gouvernement de défense républicaine et sociale, si elle avait eu un plan militaire, si elle avait osé s'emparer de wus les deniers publics, en un mot si elle avait eu au début plus d'audace révolutionnaire. Malheureusement les hommes de la Commune furent d'abord un peu étourdis de leur propre élévation et du grand rôle historique qu'ils a,•aient à jouer; et surtout, surtout ils ne croyaient pas à la sauvagerie Yersaillaise, ils pensaient être victorieux par de simples démonstrations tantôt défensives, tantôt offensives, ils se croyaient invincibles, incoercibles, uniquement parce qu'ils :waicnt à leur disposition plus d'armes et d'argent que jamais en eut une insurrection. Ces calculs étaient peut-être justes et auritient pu être couronnés de succès, mais à une condition indispensable, à sa,·oir que la masse soldatesque qui était lancée contre eux pût être moralement entamée, et doutât un instant du bien fondé de la cause prétendue civilisatrice dont on leur confiait la défense. Hélas! M. Thiers n'avait que trop persuadé à tout le monde, aux pékins comme aux militaires, que les communeux étaient des brigands, des scélérats insociables. Alors que l'abstentionniste Gambetta était tenu lui-même pour un fou furieux, que ne devait-on penser de ceux qui avaient arboré le rouge étendard de la révolte! Il serait donc juste de ne pas reprocher aux dirigeants de la Commune leur manque d'esprit de suite et de coordination, car une révolution est de par sa nature désordonnée. De plus les révolutions étant toujours faites par des minorités, celles qui ont réussi n'ont dû leur triomphe qu'a la faiblesse, à l'incertitude des convictions des majorités conservatrices contre lesquelles le combat était livré. Or, en 7 I, le gouvernement de M. Thiers et la forte majorité réactionnaire de l'Assemblée de Yersailles arnient d'autant plus ancré dans l'esprit le bien fondé de leur résistance opini,ître, qu'ils voyaient pour la première fois contre Paris des députés bien haïs par eux, de vieux républicains éprouvés, d'anciens irréconciliables, voire même des revenants de Juin 48. Enfin, il s'agit bien des fautes et des faiblesses de la Commune. Certes il faut qu'on les sache, et que les socialistes profitent de l'expérience. Mais avant tout, ce que Lissagaray a voulu démontrer, en accumulant les preuves et les chiffres,•- et il y a lumineusement réussi, - c'est que Versailles a hautainement refusé plusieurs tentatives réitérées de conciliation et fusillait les prisonniers dés les premiers jours de la lutte, - c'est que sous la Commune l'ordre et la moralité ne cessèrent de régner il Paris, c'est que les communards avaient de hautes idées sociales et étaient de rudes braves gens, - c'est que les rares exécutions et incendies furent opérés par des individualités isolées, devenues, mettons enragées, comme cela arrive aux moutons les plus inoffensifs sous de fortes pressions, - c'est que, sans raisons plausibles, puisque vainqueur, Versailles fit de nombreuses exécutions sommaires, massacra sans l"u<>ement et rendit des arrêts reconnus iniques par les gouvernements les plus t:> ' consen•ateurs de l'Europe, - c'est que Versailles arréta plus de quarante mille ,personnes, en fit fusiller plus de vingt mille, et en condamna des milliers et des milliers au bagne, à la déportation, à l'exil; - c'est enfin que dans le

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==