La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

508 LA REVUE SOCIALISTE consciences de l'extrême gauche parlementaire et sema dans l'H6tel-de-Ville et surtout à la Délégation de la Guerre les mêmes germes d'incohérence que jadis dans la tour de Babel. A coté des mandarins républicains de la tribune, de l'histoire, du journalisme, incapables de trouver un mot, un geste de vie. tous à Versailles, faute d'a\'oir compris l'efflorescence politique d'une nou\'elle couche sociale, le prolétariat; à côté de tous ces prétendus démocrates, bientot en face de ces traîtres, phraseurs devenus muets, \'Oici que s'avancent encore incompris les fils de la masse, innommés, abondants de volonté, de sève, d'l~loquence même, mais trop ignorants des rouages de la lourde machine administrati,·e de la bourgeoisie. Hélas! Tous les dévouements, tous les héroïsmes vont s'éteindre dans le vide, s'écrie Lissagaray. « On dirait une chaudière de machine dont toute la Yapeur fuirait par cent issues ». Et Yoilà précisément ce dont nous enrageons. Et voilà aussi la preuve éclatante que le mouvement insurrectionnel de 1871 n'émanait pas de quelques meneurs de génie ou de quelques faiseurs, mais était bien l'œuvre solidaire de tous, l'affaire commune, « la réponse instinctive du peuple souffleté. >> Le peuple comprit que les ressuscités des débris du passé qui composaient la honteuse majorité cléricale de l'Assemblée de malheur voulaient rétablir la monarchie, rt il se souleva pour demander, puisqu'on voulait garantir Dieu, qu'on lui garantît il lui la République et des franchises municipales, c'est-àdire la liberté, et aussi le retrait des décrets de ruine qui ne lui accordaient plus aucun délai pour payer les échéances et les loyers échus pendant l'année terribk de la guerre. La non-abrogation des décrets de ruine et les 150,000 protêts qui furent présentés du 13 au 17 mars acheYérent de cimenter l'alliance de la petite bourgeoisie et du peuple, et Paris nomma son Assemblée communale par un des YOtesles plus nombreux, les plus libres qu'il ait jamais émis. Que l'alliance de la petite bourgeoisie et du peuple se parfit en province, et c'en était fait de M. Thiers et de son parlement de hobereaux déterrés. Mais les émissaires enrnyés par la Commune furent insuffisants en quantité et en qualité, et ainsi champ libre était laissé aux calomnies et aux machinations de la gent gouvernementale, composée de bull-dogs cléricaux et de républicains muets ou qui n'ouvraient la bouche que pour maudire eux aussi Paris et pour dire il leurs grands électeurs qu'il fallait malgré tout demeurer dans la légalité versaillaise. Et il n'y eut nul lendemain possible pour les insurrections de Lyon, Marseille, Saint-Étienne, Le Creuzot, Toulouse et Narbonne. i\L Thiers, qui avait étudié dans l'histoire les points faibles des soulèvement populaires, savait à merveille que sans appui ni en province ni au Parlement une ré,·olution purement parisienne ne pouvait aboutir, pour peu que son gouvernement fùt ferme et inabordable aux essais de conciliation. M. Thiers s'appliqua à isoler complètement Paris, et il n'y réussit que trop. Il circo11\"inthabilement les influences provinciales marquantes et les députés de la gauche. Or remémorez-,·ous toutes les émeutes de ce siècle. Les seules qui réussirent à se traduire en révolutions victorieuses contre le pouvoir exécutif furent celles qui avaient en province sinon de chauds tenants ou des complices, du moins des partisans discrets et des indifférents, et qui s'était créé en méme

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