La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

\ 42 LA REVUE SOCIALISTE durant entre les brancards de l'immense roue du moulin sont hantés par des rcvoltes intimes ou tout leur être se soulcve. Leur tâche leur pésc, comme un supplice abrutissant, et ils maugrcent contre cet emploi bête de la force-travail humaine, veritable gaspillage qui ne trouve sa justification que clans l'abondance de bras qu'il s'agit d'employer. Quant à ceux qui peinent dans un atelier où un contre-maître les aiguillonne, ils n'ignorent pas qu'ils sont le fruit que presse l'entrepreneur pour payer le taux d'adjudication et s'attribuer le bénéfice. , Lorsque l'administration les rctroccdc comme chair à travail à quelque traitant qui les mène dur, ils se rcvoltcnt et se veng~nt par une résistance individuelle et passive dont chacun peut constater les effets sans que personne puisse en avoir raison. Le plus grand nombre est employé à l'agriculture et le rendement par individu doit être des plus minimes, car une pensée commune obséde tous les colons : traYaillcr le moins possible. Un observateur superficiel émettra immédiatement cette opinion simpliste : la paresse les a amcncs à Hoogstractcn, c'est chez eux une maladie invétérée ; pourquoi traYaillcraient-ils sous la pression d'une contrainte quelconque, s'ils n'ont pas tranillé en liberté? - Certes il y en a plusieurs pour qui cette opinion serait l'expression de la vcrité, mais ils ne forment pas le nombre. Chez la plupart il n'y a ni goût au travail, ni moralisation par celui-ci, parce que la tâche est mal choisie et ma 1 approprice à leurs goûts et leur tempérament. Le défrichement de la bruyère est le plus ingrat des travaux. Chez ces hôtes de passage manque le stimulant du laboureur, qui à chaque phase de son œuvrc envisage le resultat final. Où sera le colon de Wortel, quand la bruyère fertilisée fournira des récoltes rémunératrices? Le labeur est de plus mal ordonné; alors qu'il devrait, au bout de peu de temps, offrir un rlsultat palpable pour encourager le tra- - vaillcur, il s'attarde en des procédés vieillis ou manque son but i cause de l'incapacité de ceux qui le dirigent. Pour tout dire, en un seul mot, l'ouvrier ne se retrouve plus clans l'acte de la production, il ne comprend ni la raison, ni l'effet utile de son activitc, dont il constate partout le gaspillage. L'effet moral est nul, puisque chacun déjà cherche à se soustraire au travail lui-même qui en est la source. Une fois de plus, Hoogstraeten reste le microcosme où se reflètent les tares de notre monde économique. L'introduction du machinisme n'a-t-il pas partout fait faillite à ses promesses, noyant l'individualité du travailleur, faisant de lui un rouage, le maintenant dans l'ignorance au fur et à mesure qu'augmentait l'effort intellectuel indispensable pour concevoir son rôle dans l'acte de la production? Création née de

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