REVUE DES LIVRES REVUE DES LIVRES LrssAGARAY. - Histoire de la Commune de 1871. - Paris, Dentu, éditeur. Prix : 3 fr. 50. Voici le plus bel éloge que je puisse faire de cet ouvrage : il est l'e seul que j'aie pu lire avec plaisir sans passer ni une page ni une ligne, depuis l'heureuse époque où, au lycée, je dérnrais de cette façon les livre~ défendus par la censure prO\·isorale. Et il y en avait, des quantités de défendus, sous !'Ordre moral, qui suivit la Commune, toujours au nom de ce Dieu dont Trochu avait demandé la garantie aux membres du gouvernement de la Défense nationale ! Naturellement, Lissagaray raconte d'abord les agitations ouvrières et politiques des dernières années de l'Empire, les faiblesses et les trahisons du gouvernement de la Défense nationale, dont les membres, hormis Gambetta, ne pensaient qu'à la reddition et à la paix, après quelques simulacres de défense honorifique. Car, autrement, comment expliquer qu'ils n'aient pas tiré parti de toutes les énergies populaires accumulées dans Paris et ne les aient pas lancées contre les Prussiens? Pour écrire son livre, Lissagaray n'a pas abandonné son style de polémiste ardent, haletant presque, parce que violemment convaincu. La phrase est courte, la période hachée; faits et commentaires s'entremêlent sans jamais nuire à la clarté, à l'effet voulu de persuasion. - La postérité n'adoptera peut-être pas tous les jugements portés par Lissagaray sur les personnes. (Un très commode index alphabétique, placé à la fin du tome, indique les pages où il est parlé de chaque nom). Certains arrêts ont paru à des contemporains un peu hasardés et insuffisamment étayés, quoique probablement justes. Des publications ultérieures verseront sans doute aux débats historiques de nouveaux documents, répareront quelques omissions. Mais la plupart des appréciations générales contenues dans çe volume de 550 pages à texte très serré seront ratifiées. Cette histoire de la Commune de 1871, la plus complète qui ait encore paru r1 pour qu'on sache 11, comme l'a écrit Lissagaray sur sa couverture, ne falsifie pas les actes de la bourgeoisie encore une fois victorieuse, et ne voile pas davantage ni ne cache les fautes du prolétariat vaincu; car celui qui bâtirait de fausses légendes soi-disant révolutionnaires serait « aussi criminel que le cartographe qui, pour les combattants de demain, ferait des graphiques menteurs.» Cependant, à vingt-cinq ans de distance, l'angoisse vous serre encore le cœur, la colère vous prend et vous étrangle, à l'évocation du souvenir de cette épou\':mtable fatalité qui d'abord contre les Prussiens donna aux Parisiens des chefs indignes, et qui ensuite, en faveur des Versaillais, obscurcit les
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