La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

ANNIVERSAIRE DE BENOIT MAI.ON ne prennent de valeur, au point de vue social, qu'autant qu'on les éclaire d'une vue philosophique, il donnait le souci et le désir des constructions synthétiques, si piteusement abandonnées par la science moderne, que M. Brunetière a pu l'accuser, a\"ec quelque apparence de raison, d'avoir stérilisé la pensée humaine. A tel autre, trop pressé d'embrasser d'un regard synthétique le formidable et enchevêtré système des sociétés humaines, il inspirait le sentiment nécessaire de l'impossibilité, de la vanité, de l'inutilité, du péril qu'il y a de construire arbitrairement le monde de demain, si l'on ignore un seul des mécanismes du monde d'aujourd'hui, non seulement dans son état actuel, mais encore et surtout dans les diverses transformations que le temps et le heurt des choses et des idées lui ont fait subir. N'eût-il consacré son existence qu'à accumuler du savoir social et à l'épandre dans le cerveau de ses amis, Malon serait encore grand. Mais son œuvre· ne se borne pas là. Parlerai-je de cette Revue Socialiste, véritable encyclopédie sociologique moderne, véritable histoire philosophique au mois le mois du socialisme de ces onze dernières années? N'eût-il érigé que ce monument, il serait encore grand et mériterait l'estime que son temps lui donna et que la prospérité grandira encore. Sa bonté ,active, jamais rebutée par les leçons d'égoïsme que donnent les ingrats aux âmes vulgaires, suffirait encore à lui imprimer un des caractères de grandeur qui signalent Spinoza à notre vénération. Mais ce n'est point encore par là seulement qu'il fut grand. L'homme d'action qu'il fut, le fondateur de l'Internationale, le député de Jlaris pendant l'année terrible, le membre héroïque et laborieux de la Commune de Paris, l'apaiseur paternel des querelles qui divisèrent la famille socialiste est grand, certes, et le temps ne diminuera aucun des services qu'il sut rendre aux heures de péril comme aux heures <lelabeur. Mais ce par quoi, surtout, il demeure et demeurera, c'est par l'apport d'une préoccupation nouvelle, ou plutôt oubliée, dans le concept en même temps socialiste que philosophique. Il a concilié ensemble l'idéalisme exclusif des socialistes de la première période et le réalisme non moins exclusif de ceux de la seconde. Il a ainsi fait œuvre sciei!tifique et indiqué la voie merveilleuse des avenirs indéfinis où, plus forts parce que plus conscients, nous nous acheminons en toute sécurité et en toute allégresse. Que pour ce bienfait il soit glorifié dans l'humanité comme il l'est déjà dans nos conscie•:ces et dans nos cœurs ! L'histoire commence pour Benoit Malon. Dans notre dernicrc livraison, l'on a lu ses lettres à Jourde. Précédemment le citoyen Albert Richard, en un bel article historique sur les propagateurs de l'Internationale en France, citait de précieuses lettres écrites par l'ouvrier Malon à la fin de l'Empire, alors que les faubourgs se réveillaient à l'évocation des idées sociales et d'organisation du travail, et que la vie politique circulait de nouveau au Temple, a Belleville, a Ménilmontant, à Montrrlartre. Voilà pourquoi, - parce que Malon est sorti des entrailles mêmes

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==