La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

REVUE DES REVUES 473 obscure qui ne peut avoir aucun caractère légal, précis. On a YOulu faire une sorte de marchandage avèc les compagnies, dans des conditions d'ailleurs que celles-ci ne peuvent aucunement accepter ». Partant de là, M. Leroy-Beaulieu, dont la revue publiait naguère une série d'articles très élogieux sur les finances espagnoles, examine les conditions budgétâires de cc pays, trouvées aujourd'hui détestables. La somme totale de l'emprunt projeté serait de un milliard de piécettes, soit approximativement 840 ou 850 millions de francs. La Russie, faitil remarquer, « qui suscite dans notre pays des sympathies exceptionnelles, quand elle aborde le marché français, se contente de lui demander 400 millions à la fois. Cc seul rapprochement suffit à montrer combien un emprunt de I milliard de piécettes ou de 8 50 millions de francs, de la part du gouYcrncment espagnol. .. est à la fois une opération gigantesque et délicate ». Conclusion : L'Espagne fera bien de méditer sur la sommation que M. Leroy-Beaulieu lui adresse, relatiYement à t1 durée des concessions de chemins de fer. Car tout est là : si l'Espagne proroge les contrats, elle trouvera auprès de nos capitalistes, moyennant grosse commission bien entendu, toute l'aide nécessaire pour jeter sur notre marché 7 ou 800 millions de titres; les journaux celébreront sa mansuétude envers Cuba et les Philippines, la fertilité de son territoire, les vertus de ses hommes d'État. Elle sera, comme la Russie, « l'alliée» de la France. Ses marins rendront aux nôtres la visite de la Corogne, tout comme les Russes nous ont rendu la visite de Cronstadt. Sinon ... on la laissera cuire dans son jus. Les peuples s'agitent, la finance les mène. * * * J'ai déjà parlé, à cette place, d'une revue catholique, le XX0 Siecle, dont les rédacteurs, tout en restant, sur le terrain dogmatique, scrupuleusement attachés à la plus pure doctrine de l'orthodoxie romaine, quand ils abordent l'analyse des phénomènes économiques, font preuve d'une réelle indépendance d'esprit et d'une hardiesse de pensée confinant souvent à la témérité. Je regrette de ne pas avoir sous la main le discours de rentrée de M. de ~un contre le socialisme; il serait piquant de rapprocher la réfutation théorique tentée par le déput_é catholique des apprcciations formulées quelquefois par les rédacteurs du XX0 Siecle sur l'analyse cconomique socialiste. On se rappelle qu'à la Chambre, M. de Mun examina la théorie de la Yaleur, de la plus-value, de la productivité du capital et qu'à la grande surprise de ceux qui sont au courant de ces questions et des opinions professées, il n'y a pas longtemps encore, par le leader social des catholiques ralliés, celui-ci ne fit qu'amplifier dans sa harangue les définitions contradictoires de l'économie politique courante. M. de

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