La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE la France verse a la Russie des sommes énormes employées a soutenir le cours du rouble a Berlin, a Amsterdam et à Londres; l'alliance russe n'est pas encore conclue, mais nous en sommes déjà au huitième milliard et le neuvicme ne peut manquer à'être bientôt atteint, car le tzar, en poussant ses pérégrinations jusqu'à Paris, nous a fait une faveur trop grande pour ne pas nous demander en retour quelques compensations. L'Espagne a tenté d'imiter la Russie : elle a réédité, dans les eaux de la Corogne, l'inoubliable scène de Cronstadt, après quoi, elle a fait publier, dans les feuilles spéciales, tout comme la Russie, l'exposé optimiste du budget de r897. Mais l'Espagne ne saurait prétendre à trouver auprès de la finance française l'accueil fait à notre« grande amie » du Nord. D'autant que nos financiers sont depuis longtemps en relations d'affaires aYec la Péninsule. Même ces relations ne sont pas étrangères à la situation désespérée dans laquelle clic se débat. C'est le Crédit mobilier <les Pereire qui construisit ses chemins de fer aYcc de l'or français, fourni a des conditions usuraires telles, qu'elle n'a pu faire face à tous ses engagements. Rothschild, d'autre part, détient une partie de ses monopoles, entre autres les mines d'Almadcn. Pour toutes ces raisons, les banquiers français sont prêts a grandir l'Espagne au rang« d'amie » de la France, à déchaîner leurs journaux contre Cuba et a faire appel au patriotisme des Français pour couvrir l'emprunt dont elle a besoin, a la condition, toutefois, que le gouvernement espagnol reYiendra sur quelques-unes des mesures prises antérieurement i leur égard et qu'il souscrira à son tour à toutes leurs exigences. L'Economisle fra11çais des 19 et 26 septembre dernier énumcre catégoriquement, sous une forme comminatoire très claire, quelles sont ces exigences. « Les Cortès, dit-il, ont YOté, au moment de leur séparation, une loi assez étrange, mêlant une modification aux concessions de chemins de fer à un projet d'emprunt colossal )). Cette modification aux contrats qui lient les directeurs français des chemins de fer espagnols au gom·ernement de la péninsule ibérique consistait tout d'abord a proroger les concessions des compagnies existantes, et M. LeroyBeaulieu loue M. Canovas del Castillo d'aYoir proposé cet avantage considérable en fayeur des banquiers français. « Si cette mesure aYait été franchement votée, dit-il, l'effet en eût été immédiat et excellent)). Malheureusement, il y a toujours dans un parlement des empêcheurs de danser en rond. L'opposition libérale combattit avec une ténacité indomptable cette prorogation, qui finalement fut repoussée. Elle substitua « au projet du gouvernement un amendement qui est du pur galimatias, déclare le rédacteur en chef de l'Eco1101//iste. M. Canovas, de guerre lasse, s'y est rallié, et l'on se trouve en présence, non pas d'une mesure simple et répa:·ativc, mais de je ne sais quelle combinaison

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