La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE pas à enlever les miasmes accumules pendant la nuit. Une odeur méphitique règne perpétuellement dans ces locaux. Aussi la gale et les maladies similaires règnent-elles à la colonie à l'ctat endémique, et la mortalité y est-clic de quatre cents personnes par an sur une population moyenne de douze cents individus faisant à l'etablissemcnt un sc':jour moyen de trois mois. Le service médical y est ridiculement organise par un ancien mcdccin militaire, qui passe tous les deux jours une rc\'ue des hommes malades sur le modèle des revues rcgimentaires, si tristement connues de beaucoup de nos lecteurs pour leur caractcre d'insouciance et de su perficicl examen. Chaque jour une affreuse roulotte véhicule par les chemins sablonneux des cercueils de bois blanc extraits de l'hopital. L'aumonier, le cigare à la bouche et suiYi de son chien, les asperge rapidement de quelques orcmus mêles d'eau bénite, et au fond de la sapinicre les monticules alignent leurs croix. minuscules, recouvrant la dépouille de tous ces infortunes. r4 Décembre. Parlons cuisine, aujourd'hui, car ce point aussi est digne de remarque. Le matin l'ordinaire de l'endroit comporte un quart de litre d'une décoction de chicorée et de glands broyés avec 750 grammes de pain de seigle. J'ai constaté dans cc pain la présence de corps étrangers divers, et le remplacement d'une partie de la farine de blé par de l'avoine. Cette sophistication a pour résultat d'exiger l'emploi de levures qui donnent au pain un goùt sùr et le rendent détestable. Le repas de midi comprend tantôt environ 500 grammes de haricots cuits à l'eau, tantè>t une livre de pommes de terre avec environ 50 grammes de lard, tantot encore une bouillie faite de riz et de légumes, à l'occasion de laquelle la direction sacrifie un cochon. Le mets constitutif du souper est une bouillie de pommes de terre, de riz et de haricots. Il y en a environ un litre. Comme boisson, la cuisine fournit à midi un quart de litre de mauvaise bière et le soir du café. L'ensemble de cette alimentation atteint la dose nécessaire a un adulte, d'apres Voigt, en tant qu'clc':ments vc':gétaux; elle ne l'atteint pas en ce qui concerne les cléments d'origine animale. Il constitue par conséquent une dénutrition systc':matique de l'individu. Les conséquences de cet état de faiblesse se man ifestent à la colonie même par le faible rendement du travail individuel et à la sortie du détenu par un manque de force complet, des qu'il se remet au travail, aussi bien aux champs qu'à l'usine. Cet ordinaire peut être amélioré par le colon, lorsque celui-ci consent à dépenser à la cantine la partie de son salaire qui lui

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