La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

NOUVELLE INTERPRÉTATION DE PHÉNO~IÈNES SOCIOLOGIQUES 45 I sation d'une possibilité entre mille, qu'un hasard heureux, et encore ignorons-nous si ce fut le meilleur qui nous échut! (1). En tout cas, les perspectives que nous présentent les enthousiastes de l'évolution sociale paisible et aveugle n'ont rien qui nous enchante. Elles permettent de prévoir le résultat suivant : un vaste corps social, dans lequel tous les antagonismes, luttes des classes, miséres, maladies disparaîtraient, mais au prix de la disparition de rindividu. Les organismes fortement différenciés, comme par exemple le corps •humain, sont de vraies sociétés communistes, mais les cellules constituantes sont devenues des types sociologiques et sont incapables de produire des types biologiques plus élevés. De même les ruches d'abeilles. Ce résultat pourra être évité quand la science, aprés avoir pénétré les lois du développement des individus et des sociétés, dirigera consciemment leur évolution. La connaissance de lois physiques et biologiques nous a valu le' paratonnerre et une sélection artificielle des animaux. La connaissance des lois de l'évolution individuelle et sociale de l'homme à son tour aménera à une sélection artificielle dont le but sera la production d'un type individuel biologique plus élevé, au lieu d'être celle d'un organisme social plus parfait. On ne doit pas se soumettre aveuglément à l'évolution sociale qui procéde sous nos yeux; nous avons vu qu'elle est pathologique et qu'il faut plutôt la contrecarrer. On parle déjà maintenant d'une anthropotechnique, qui, par une <;élection artificielle, aurait en vue la production d'un type biologique plus élevé que l'homme actuel. Mais cette culture ne conduirait à rien, si l'on ne change en même temps les formes sociales. Car,grâce à leur prédominance sur l'élément vital, les génies qu'on parviendrait ainsi à créer travailleraient seulement pour la consolidation de l'organisation sociale, comme ce fut le cas jusqu'à présent. Et ainsi on détruirait d'une main ce qu'on créerait de l'autre. L'anthropotechnique seule ne suffit pas. Elle réclame le concours d'une sociotechnique. Ce n'est qu'en march~nt ensemble qu'elles parviendraient à produire une race plus parfaite avec la disparition continuelle du matériel biologique plus mauvais (2), à la condition d'obtenir des formes sociales assez distendues et assez souples pour ne pas dégrader l'individu. Ce seraient des groupes élastiques créés pour des buts momentanés, d'individus independants et originaux, insoumis à toute hypnose. Les conquêtes de la science permettraient d'abolir les entraves dues à la division du travail,· les efforts communs de l'anthropo et de la sociotechnique de supprimer l'antagonisme entre l'individu et la foule. (1) Comparez les remarques au bas des pages 315 et 436. C'est tout un ordre d'idées qui demanderait une analyse à part. Peut-être y reviendrons-nous un jour. (2) Voir le projet présenté it cet égard par le professeur Edgeworth dans ces Matbe- ,,.atical Psycbics.

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