La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

L.-\ RE\'üE SOCIALISTE Jution sociale, et specialcmcnt la tli\'ision du traYail, nous a donne dans la science un Jelugc de matericl préparatoire qui menace d'inonder de papier imprime le globe terrestre. Cc matericl aurait besoin d'être YÏ\·ifié par l'intuition, par une idée heureuse, par une hypothesc qui l'eclairc spontanemcnt; mais c'est l'affaire du genie, du type anthropologique et non de l'eYolution sociale. Au contraire, cette dernière a une tendance à detruirc l'intuition et à affermir l:i pcnsl'.:c logique, regulièrc, basec sur la JiYision du tra\'ail. Et quelle sterilitc desesperante cette division <lu tra\'ail introduit dans les esprits! Il est connu, par exemple, que la plupart <lesecriYains deviennent, avec le cours du temps, banals et inféconds. L1 banalite et la stérilité les cn,·ahit quand leur être intime se Jiffercncic, se dissout dans les idecs sociales existantes. Chacun d'eux accepte une certaine quantile <le connaissances, produites par la diYision du trarnil, et ces acquisitions suffisent à leur faire perdre tout cachet <l'originalite. Au bout d'un certain temps, c'est une fleur flétrie. Rien d'inattendu ne pourra en être extrait. D'un autre cote, nous nous emcrvcillons sans fin Jcs progrès Je la science, mais nous oublions toujours ses Yictimcs et ses pertes. Pour connaitre un coin quelconque de la nature, il faut la vie entière- non <l'une seule pcrsoune, mais souvent Je centaines et Je milliers d'hommes. Et un seul J'entre eux parvient parfois à faire un petit pas Cil a\'ant - les autres piétinent sur place. Parmi les milliers de chimistes qui existent.\ présent, combien en est-il qui aient fait une découverte? A peine quelques-uns. Les autres périssent miserabkmcnt, victimes bornées et estropiées de la diYision du traYail. La société devient Je plus Cil plus un amas d'êtres incomplets et mutilés. Pour un psychologue qui sait Yoir, l'.1111cde chacun Je nous est couverte de milliers de plaies, laissées par le joug social; elle est misérable et <leforméc. On sent parfois un frisson de dégoùt et d'horreur à reprendre cc joug, quand on s'en est libére pour un instant par la pensée : tel un prisonnier qu'on ramcne :\ la question après un moment de répit. En admirant les bienfaits Je la science, il faudra tenir compte de ses côtés obscurs. A-t-on aussi dresse l'i1wcntairc des ravages que la science produit dans les âmes, de quelles desillusions clic est la source, quel champ de bonheur possible deYicnt, sous son souffie, aride et deYastc, grâce à cc qu'elle proccdc d'une façon aveugle, sans obscrYcr les moindres exigences d'une hygiène spirituelle? La sociologie fera sans doute une fois le decomptc de ses profits et pertes. En étudiant l'histoire de l'âme humaine, clic démontrera en même temps que notre science ne fut que la rcalisation d'une des possibilités de connaître, qu'elle pouvait peut-être procéder d'une autre maniere, sans sacrifier l'indiYidu et en eYitant les cotés desastreux que nous avons indiqués. Comme tout le deYcloppcrnent social, la science ne fut que la reali-

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