KOUVELLE I:-.TERPRÉTATION DE PHÉ~OMÈ~·ŒS SOCIOLOGIQUES 441 et les arts brillent d'un nouvel éclat? Au temps de b Renaissance, a ce moment d'immoralité par excellence, quand la patrie italienne est menacée de pl'.:rir avec toutes les vertus des citoyens et quand sur la sccne apparaît l'individu libre de toutes entraYes, un César Borgia, un Machiavel. A cet!e époque appartiennent la plupart des écri,·ains italiens : Boccace, Pétrarque, le Tasse, !'Arioste, les humanistes, tous les grands peintres, sculpteurs, architectes. Remarquons que les chefsd'œuvres de Raphaël et de Michel Ange furent créés en un temps de profonde détresse publique, alors que l'Italie était déchirée par des scissions intestines et par l'inYasion de l'étranger. Dans le reste de l'Europe, le même travail de décomposition sociale fut dévolu à la Réformation, époq~e critique par excellence, - quand les vieux dieux gisant en poussiere on ne sait pas encore quelle sera la nouvelle foi et le nouvel édifice social - époque de perturbations, de schismes religieux, de guerres de paysans, de miscres matérielles. Mais avec le cours du temps arri,·e une période « organique » d'absolutisme. On pourrait nous objecter qu'on se trouve ici précisément en présence d'une des époques les plus brillantes du développement littéraire de l'Angleterre et de la France. Or, elle n'est au fond - au moins dans une grande mesure -qu'un écho attardé de la Renaissance italienne, telle que nous l'avons caractérisée plus haut. La littérature anglaise du temps d'Élisabeth et celle du siècle de Louis XIV ont aussi subi son influence. On s'imagine difficilement l'apparition de ces deux littératures en dehors de l'atmosphère morale de la Renaissance. Elles en furent des fruits tout naturels. Du reste, il est connu que le drame anglais du seizième siccle provient de la lutte des deux races constituant la nationalité anglaise, saxonne et celtique, dans un moment de relâchement social déterminé par _la conquête du Nouveau Monde (Î). D'un autre côté, ne faut-il pas chercher parmi les causes qui ont produit le mouYcment littéraire du « grand sicclc » la rupture de l'équilibre (2) en France entre la race franque et la race latine, rupture causée par la Rcformation? Est-ce que le «· rcgne glorieux » de Louis XIV ne fut pas déchiré par des luttes entre le catholicisme et le protestantisme, et une foule d'autres luttes? Cette mouvement doit être rattaché aux luttes des communes pour leur émancipation et qu'il s'arrête en même temps que ces luttes, a\! moment ou le pouvoir monarchique a défini• tivement subjugué les communes. Voir Les Origi11es de la Rt11aissa11ce m Italie, par Emile Gebhart. L'auteur démontre que les cathédrales gothiques apparaissent pour la première fois dans la Fr.mec du douzième siècle et sont des monuments de l'orgueil des communes triomphantes. La France fut le « berceau certain de l'art ogival. .. Les premiers maitres gothiques de l'Angleterre et de l'Allemagne sont des Français. » L. c., p. 25. (r) A. Filon. Le Drame a11glais. (2) Voir il cet égard Discurses iti America, du célèbre critique anglais :tl!attew Arnold, qui considère même la défaite de l'élément franc comme cause de l'arrêt littéraire qui s'ensuivit.
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