La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

NOUVELLE INTERPRÉTATION DE PHÉNOMÈNES SOCIOLOGIQUES 437 Comment se fait-il que la pensée logique s'accroisse en même temps? Les mots « pensée logiqùe » ne doivent pas nous induire en erreur. La socicté met dans la tête de chacun de nous un certain nombre de clichés identiq ucs faits par l'histoire, par les circonstances du milieu, etc., cbnstituant le matériel de la pensée qui se repéte chez tout le monde d'une façon identique. D'un autre côté, l'opération même de la pensee - l'analyse, la synthèse, etc. - n'est qu'un reflet dans notre cerveau du processus qe l'évolution sociale qui laisse partout les mêmes traces. ~n un mot, la pensée logique devient une opération mécanique avec des limites pour la masse assez bornées ou encore un état hypnotique qui peut absorber une multitude de connaissances, de suggestions, indépendamment des dimensions et de la qualité du cerveau. On peut lire i un crétin hypnotisé quelconque quelques pages d'une langue qu'il ne comprend pas et il les répètera mécaniquement. Il en est de m·èmc du matériel biologique humain qui peut devenir toujours pire en même temps qu'augmentera la somme des connaissances que possède tout membre de la société. Prenons un Européen moyen : il reçoit de la société un vêtement tout prêt - un chapeau, un habit, une chemise, etc. - tout cela par v'oie d'une hypnose sociale i laquelle il se soumet passivement. Absolument de la même façon il acquerra certaines idées toutes prêtes sur la moralité, sur l'ordre, etc., et aussi quelques connaissances spéciales - souvent très étendues - concernant tel métier ou telle science. Tout cela s'accepte hypnotiquement et peut être suggén'.: aussi bien i un Papouas qu'a un Européen et n'a rien à faire ni avec les dimensions du cerveau ni ayec ses capacités. L'exemple des races inférieures sur lesquelles la civilisation s'est greffée demontre aussi que la quantité des connaissances répandues par l'évolution sociale peut croître sans fin et d'une façon indépendante des dimensions du cerveau qui peuvent diminuer en même temps. Mais on le remarque surtout chez la femme, dont le cerveau a un poids toujours plus léger au cours de la civilisation, de telle manière que dans les centres de la culture, comme Paris, se forme une race de femmes microcéphales, avec des crânes plus petits que . l'hum:mite toute primitive, voisine des animaux, dcv:iicnt être peu volumineux (Fraipont et Lahest: La race bumairic de Néanderlbal). Ils augmentent de volume ,i mesure que nous passons à la barbarie et diminuent avec le passage à la civilisation. Morton, par exemple, a démontré que les crânes des chasseurs des bords du Mississipi et des steppes de la Patagonie furent plus volumineux que ceux des Péruviens et de Mexicains beaucoup plus civilisés. (Le rapport du volume des crânes respectivement est de 84 : 79 : 75.) Prenons enfin les faits se rapportant à l'Égypte ancienne. Le vol'ume crânien des femmes diminue ici continuellement : au temps de la quatrième dynastie, il constitue 1,397 c. c.; de la onzième: 1,328, de la dix-huitième : 1,323. Le volume crânien des hommes aux mêmes époques fut de 1,532, de 1,443 et de 1,464 c. c. Ces faits attestent suffisamment la diminution du cerveau avec le passage de l'humanité de b barbarie à la civilisation.

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