La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

436 LA REVUE SOCIALISTE -------------------------- l'homme de génie, l'homme primitif et les autres types biologiquesse perd par contre chez les hommes cultivés de la société. Toujours plus pauncs en intuition et toujours plus riches en une logique régulière, produite par l'évolution sociale, nous nous éloignons de plus en plus des ètres indifférenciés, nous sentons de moins en moins b parenté qui nous lie à eux. De cette manicrc nous aYons perdu la conscience des liens intimes qui nous rattachent a la nature. Quand je regarde un arbre. il ne dit plus grand chose a mon sentiment - en tout cas cent fois moins qu'à l'homme sauvage - mais cet arbre Yit; entre mon âme et la sienne il existe une correspondance intime et mystérieuse, une parenté que je ne perçois plus qu'indistinctement. De la même façon, nous perdons de plus en plus les traces de notre parenté avec les animaux. Seuls les grands poétcs et les artistes nous les révèlent clairement. L'homme primitif, dans cette magnifique nature, était l'être le plus parfait, lié aux créatures inférieures, aux plantes, aux animaux par des millions d'artcres; il était grand particulièrement par la possibilité de faire naitre un être supérieur a lui-même. La civilisation, l'éYolution sociale, coupent de plus en plus ces artcres et rendent de plus en plus difficile b création d'un type supérieur. Et à présent, pour complctcr la chose, nous empoisonnons les :tmcs des sauvages en leur envoyant des missionnaires et nous les exterminons en leur greffant la « ci,·ilisation ». Ils se trouvaient autrefois dans cette situation priYilcgiée qu'ils ont pu continuer la belle évolution païenne. Et nous rompons brutalement tous les fils qui les unissent a la nature pour les pousser sur les voies où nous errons misérablement nous-mêmes. Nous ne Youlons pas écrire ici une idylle a la Rousseau, nous ne youlons pas le moins du monde nous extasier sur la vie des sam·agcs contemporains, ni sur celle de l'homme primitif, nous insistons seulement sur un point : nos âmes actuelles et notre évolution sociale ne furent que la réalisation d'une seule sur plusieurs possibilités. Et avons-nous la certitude que cc fut la meilleure? L'érnlution sociale s'exprime donc par l'accroissement de la conscience et de b pcnscc logique, mais en même temps le matériel anthropologique des individus qui constituent la société serl\ toujours pin.: - pour des causes que nous avons cxposccs preccdemment. Scion Broca, l'homme préhistorique, de l'époque de la pierre polie, aYait en France un crâne plus volumineux que l'homme contemporain (r). (r) 6 cdnes de la caYernc Homme 1Iort ont èonné r,606 c. c. de YOlume 1 r de l'époque néolithique . r ,568 2-1- gallois . . . . . . . . r,592 77 parisiens. . . . . . . r,559 16 sa\'oyards. . . . . . . 1,538 67 basques du x1x• siècle . r,56+ JI faut du reste faire ici quelques distinctions. Il est éYidcnt que les crânes de

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