La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

43+ LA REVUE SOCIALISTE langues, les mythologies, <lans lesquelles on trouve <les profondeurs d'aperception psychologique naimcnt étonnantes, nous a donné le feu, le leYicr, la culture des plantes et des animaux (1), la poterie, le tissage, etc., en un mot, les conquètcs les plus grandes de l'esprit humain. Cc furent toutes <les créations <le l'esprit non différencie et de sa connaissance, c'est-à-dire de l'intuition. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que cc furent pour ainsi Jirc<les accidents heureux: parmi ln multitude •innombrable de conceptions manquées, l'intuition en conceYait aussi qui reflétaient la réalité. Seulement l'intuition ne possédait pas de moyens en dehors Je la pratique quotidienne pour Ycrifier ses aperçus - de moyens aussi puissants que ceux qu'a crées depuis la science. La méthode inductiYe régulicre n'est a vrai dire qu'un moyen de Yérification des idées heureuses à prioristiques, hypothétiquc.s énoncées par l'intuition. Cette dcrnicrc n'aYait pas et n'a pas besoin d'attendre la marche du progn::s social pour faire ses plus grandes dccouYcrtes ;-au contraire, clic ne peut que s'affaiblir et s'épuiser par suite de cc progrcs, comme nous le verrons plus loin. N'est-il pas étrange que la plus grande partie de nos théories scicntifiq ucs modernes aient etc cnoncécs des centaines, souvent des milliers d'années aYant notre siccle, d'une façon toute intuitive, dans la philosophie des peuples trcs jeunes, sonYent à l'origine de l'histoire? Nous ne faisons à présent que ,·cri fier et dé,·eloppcr d'une façon inducti\·c et mcthodiqlie, par Yoie d'analyse et de synthcsc, exercées par l'évolution sociale postérieure, cc que l'homme de ces temps-là a aperçu et énonce. Ainsi, par exemple, la theoric de Darwin, cette quintessence de la biologie moderne, peut être retrouYéc dans la philosophie antique chez Lucrcce, par exemple, et peut-l'.:tre mèmc dans les vagissements de la mythologie primitive. On peut en dire autant, et plus encore, du monisme materialiste, cette base de toute la mécanique, physique et chimie modernes. La science tâche de dcmontrcr, d'appuyer ces hypothcses, de les deYcloppcr dans leurs dctails et d,rns leurs applications, mais leurs idecs fondamentales furent c:,oncccs quelque part là-bas - dans le recul des sicclcs. Quant à la psychologie et à la sociologie, elles n'existent pas encore comme des sciences exactes, et cc n'est qu'avec le temps qu'on pourra démontrer la profondeur des i<lccs geniales contenues <lans les (1) Toutes ces acquisitions ne furent point des suites d'un raisonnement régulier ou d'un calcul d'utilité, mai~ d'une intuition inconsciente, d'un simplè jeu. Ainsi G,dton, Jans son Juquiry ill/O lm11ia11 fac11//y and ils det'eloppe111e11ls, explique la domestication des anim.rnx, comme suite d'une hahitutk de l'homme <le jouer a\'ec eux. C'est ainsi qu'a procédé k génie humain tLtns ses plu, gr,rndcs découvertes. C'est ainsi que procèdent en.:ore ks ..-nfants, ces génies inconscients, qui dans la première année de leur vie font, inconsciemment, en jouant, des prugri:s plus considérables que d.111stout le reste de kur existence. C'est un fait rc.:onnu p.ir l.1.psychologie contcmpor,1ine.

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