NOl;\.El.LE 1::-ITERPRÉTATlO~ DE Pl·IÉNO~IÈ:'.'-!ES SOCIOLOGIQGES 4 3 I gênées, pénibles et conscientes. L'eYolution sociale a une tendance à mettre en lurnicre tous les processus que la nature accomplit dans le mystère, en cachette et d'une façon mécanique. Pa~sé certaines limites, l'accroissement de la conscience devient un phénomène morbide : c'est comme si nous marchions le foie ou le cœur rn:1lade et comme si nous nous rendions const:11111nentcompte de leur position et de leur forme. La ciYilisation tend justement:\ cela : nos têtes deviennent comme écorchées, comme des foyers de maladie latente, dans lesquels tous les processus s'accusent toujours plus conscients. Les impressions et les pensées sont des resultats de l'adaptation de la conscience ainsi formée aux conditions externes de la nàture (r) et de la Yie sociale. Arrêtons-nous à cette dernic:re. Elle consiste en fonctions qui se répètent régulièrement dans un ordre constant. \7oilà pourquoi notre pensée, qui en est un reflet, travaille en se rlpétant chez tout le monde d'une façon identique; clic est « régulière >> ou « logique ». C'est une sorte d'hypnose qui nous embrasse tous de la même manicre. La société met pour ainsi dire dans les ccrYcaux de tous ses membres une certaine quantité de clichés identiques qui correspondent aux conditions fondamentales de son existence, cc qui leur permet à tous de se comprendre parfaitement. Le langage consolide ces acquisitions (2). Ainsi se forme ce qu'on nomme « pensée logique ». La sociéte nous donne des idées toutes faites de la même façon qu'elle nous confectionne des habits ou des chapeaux. La division sociale du traYail s'est reflétée dans nos cerYeaux, comme division des facultés de l'esprit; elle l'a du moins considérablement approfondie, si nous comp:1rons l'homme civilisé :1YCCle « sam,1ge ». En même· temps elle contribue :\ la formation du langage (3). L'homme primitif se distinguait par une àme non différenciée. Ainsi, par exemple, en créant ses mythologies, il ne s'occupait pas de créer des métaphores et des figures de style; il ne pensait qu'à exprimer sa vision naturelle du monde, qui consist:1it dans l'animation de toute la nature et dans l'établissement de rapports humains, sociaux an'c elle (4). La base psychologique de cette creation fut une (r) Cette source de b pensée - les actions et réactions de b n:1ture em·iro1111:111tc, b lutte pour l'existence, qu_idéveloppent b pensée indépendamment de l:t vie sociale, connue nous le voyons chez le lion et le tigre - est très importante; mais nous n'avons pas à nous en occuper présentement. Elle se rattache ,1 l'intuition. (2) L. Geiger : U11spru111g111Ed11tu,icklu11dger menscblicbenSpracbe 1111dVermmfl. (3) L. Noiré.: Das Werksz.eug 1111dsei11eBedmt1111fgür die Enticicbl1111gsgescbicble der Menscbbeil. Noiré et Müller ont prom·é que la technique et le langage se dé,·eloppaient parall0lement. Ce dernier fut. de son côté l'instrument le plus -puissant du progres de la pensée, selon L. Geiger. ' (4) Pour cette question controversée, Yoir Guyau : L'irréligion de l'avmir; A. Lang : Mytb. 1·it11alaud religio11; Van Ende: Histoire 11alllrellede la croyance; J'vl. Müller: Essai de mytbologie comparée_ et. Les religiq11sdespeuples1101c1ivilisés.
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