La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

..J.30 LA RE\"UE SOCIApSTE -------------------------- Essai d'une nouvelle Interprétation DE PHÉNOMÈNES SOCIOLOGIQUES (SUITE ET FIN) I I I L'ÉVOLUTIO~ DE LA PENSÉE La conscience n'est qu'une corruption des instincts. Ces derniers sont des processus nerveux d'un caractère mécanique, qui ont dans leur parcours des canaux creusés une fois pour toutes. Un instinct qui rencontre dans la voie de sa manifestation des obstacles devient douloureux; il cesse d'être mécanique, il deYicnt conscient. A l'état de santé, nous ne nous doutons même pas ou du moins nous ne nous sou,·cnons pas d'avoir des entrailles. Au contraire, à l'état maladif, toutes leurs formes apparaissent clairement dans notre esprit : ici le foie, là l'estomac ... C'est quand le fonctionnement des réflexes ou des instincts est gêné que la conscience les accompagne. Chez les animaux les plus infimes, qui viYcnt au fond de la mer, toute l'actiYité nerYeuse est probablement plus ou moins inconsciente. La conscience se dé\·eloppc seulement, quand les créatures entrent dans des rapports d'existence toujours plus compliqués, quand les réflexes dirigés à l'extérieur rencontrent des obstacles dans leurs parcours et dans leurs manifestations, quand la pression du milieu naturel ou social les comprime; la conscience s'accroît dans la mesure de l'accroissement des complications ambiantes, en arrivant avec le temps aux phénomènes les plus hauts de la vie psychique : à la pensée règulicrc, logique - et en même temps les processus intérieurs, qui ont lieu dans les entrailles, conscn·ent leur caractère antérieur de réflexes mécaniques. La Yic sociale est la source principale du dcveloppcment de la conscience, puisque cette vie consiste précisément dans toute une sene de restrictions imposces à l'indiYidu, dans la mise des obstacles à la libre expansion des fonctions individuelles. Elles deviennent

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