4ro LA REVUE SOCIALISTE ------------------------------- UN CONSERVATEUR C'était par un printemps splendide, immense aurore. Dans l'éblouissement des fleurs que le ciel dore, Je vis un papillon frais éclos sur un thym, D'un éclat singulier : nuit, jour, soir et matin, Pourpre et noir, fulgurant et bizarre amalgame, Les couleurs égrenaient sur ses ailes leur gamme. Je me penchai, ce fut ridicule et touchant : Ses ailes bruissaient et j'attendais un chant, Éruption d'orgueil du captif enfin libre, Un chant vainqueur, un chant qui sonne, un chant qui \'ibre. Stupeur! je l'entendis pleurer piteusement : « Mes diamants sont faux et ma parure ment. « Capitonné dans mon cocon, douce fournaise, « J'avais chaud, à l'étroit sans doute, mais à l'aise. « Et cette aile qui vient de me pousser, mon dieu! cc A l'éternel repos c'est l'éternel adieu. » J'écrasai d'un regard de fou la bête infâme : « Ton aile est pour le vol, imbécile! » Mon âme Sombrait subitement sous cette abjection. Mais lui - moins qu'une plainte, une vibration, - Murmura : « C'était bon le ventre, pourquoi l'aile? i> Et l'être radieux, à sa prison fidèle, Vieux forçat stupéfait devant sa liberté, Poussa plus fermement ce cri: « Pourquoi l'été? cc L'hiver vaut mieux. J'avais le ventre, pourquoi l'aile? « Je ne veux pas voler, je veux ramper. » Rebelle A cet ignoble appel du matin à la nuit, Du vil dormeur qui dort encor quand le jour luit, J'allais broyer du doigt la frêle bestiole, O'en voyais la bêtise et non plus l'auréole). Mais de mon brusque émoi bientôt me -reprenant, Je vis - triste avatar, spectacle surprenant - L'être ailé, qui, rentré dans sa vieille guenille, Rampait sous mon regard, dégoûtante chenille ! Trad11clio11: PAUL BUQUET. D'après CHARLOTTE PERRINS STETSON.
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