LE MONOPOLE ET L'IMPOT PROGRESSIF régime. Tant que l'homme servira l'outillage mécanique, au lieu de l'asservir, et que la propriété restera individualisée, les miscres contemporaines se perpétueront. Mais n'est-ce point notre devoir d'orienter l'opinion vers les solutions même fragmentaires d~ la justice et de l'égalité? Or l'impèt.sur le capital et sur le revenu - l'une des revendications de la démocratie depuis 1848- nous paraît un pas en ce sens. Telle est la thèse qu'ont soutenue les orateurs de notre parti - Jaurès et Millerand entre autres. Et si, par tout le territoire, certains socialistes ont multiplié leurs efforts pour obtenir la taxation personnelle et progressive, si aujourd'hui encore ils mettent au service de cette réforme toute leur activité, c'est qu'elle aura du moins le mérite de supprimer de sc·andaleux abus. L'abolition pure et simpte du principal de l'impôt foncier 'n'est qu'une jonglerie de politicien sans idéal. L'imposition que nous défendons, que l'évolution fiscale des Yingt dernières années a implantée un peu partout, soit en totalité, soit en partie, repose sur une conception rationnelle; et, se calquant sur le bloc économique du siécle, elle doit forcément triompher. Nous ne laisserons point nos adversaires conservateurs monopoliser la protection du paysan; nous ne cherchons point, comme M. ;-.1éline, par des insinuations criminelles, a pousser le tra':ailleur rural contre l'ouvrier de l'usine. Pour nous, l'un et l'autre ont le même ennemi : l'organisation sociale. L'un et l'autre, dans un domaine spécial, ont également a se plaindre de la fiscalité. La suppression du principal de l'impôt foncier profiterait surtout aux grands propriétaires qui deviendraient - plus encore que par le passé - étrangers aux charges publiques. C'est aux petits exploitants, aux fermiers, aux métayers, que nous pensons en réclamant la taxation personnelle. Avec les exceptions que le système comporte a sa base, et la transformation qu'il déterminerait, le paysan recevrait un dégrévement infiniment plus sérieux. Ce n'est pas une seule contribution que nous atténuons : aucune ne restera intacte. Nous n'apportons pas, nous; un appât trompeur, la prime d'une servitude plus longue, mais une réalité immédiate, un commencement de réparation, un souffle d'humaine justice. Nous tenions a écrire ces lignes, afin de proposer une attitude dans les discussions qui vont suivre. C'est un fait indéniable que l'ère de la réforme fiscale est ouverte La voix montante de la démocratie exige une refonte intégrale, écarte .tout ajournement, démasque toute hypocrisie. Le monopole de l'alcool, l'impôt progressif : telles sont les deux solutions transitoires, et nettement distinctes, qu'il importe d'arracher, par des assauts toujours renouvelés, a l'inertie ou à la résistance gouvernementale. PAUL LOUIS.
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