LE MONOPOLE ET L'IMPOT PROGRESSIF tous ses maux, comme le prix de sa désertion, on lui a offert la suppressiondu pri11cipadl e l'impôtfo11cier. . En 1890 déjà, MM. Barthou, Turrel, Delpeuch, trois gouvernants d'aujourd'hui, déposaient une proposition de loi en ce sens. Tout récemment, MM. Reinach, Lanjuinais, de Montebello et Alicot- nous n'avons pas besoin de préciser les tendances de ces messieurs - demandaient qu'à l'aide de la surtaxe alcoolique on assurât aux exploitations ao- 0 ricoles ce dco-reYement intéo-ral Enfin les oro-anes modérés 0 0 ' 0 ' ceux qui reflètent l'opinion du cabinet, affectent au même objet les premières recettes du monopole de l'alcool. M. Reinach, qui admet la surtaxe en attendant le monopole, n'est pas trés sùr des arguments économiques qu'il apporte à l'appui de sa thèse (Revue Brila1111iq11e, du 15 septembre). Il affirme bien que l'impôt foncier est d'origine collectiYiste et qu'il perpétue la part de copropriétc de l'État sur la terre. (En Yéritc, cette conception pourrait s'appliquer aussi bien aux patentes qui représenteraient le droit domanial de l'État dans l'industrie, et elle ne serait pas pour nous déplaire, si elle était plus justifiée par la pratique de la législation) ( 1). Mais il discerne, il appréhende tout de suite une hércsie, une rupture avec l'économie bien pensante, qui salue dans nos quatre contributions autant de taxes sur les revenus. Aussi préfère-t-il exploiter les terreurs de ses amis, et montrer dans la suppression de l'impôt foncier une arme excellente contre nos progrés. « Alors que cet abandon, écrit-il, ne serait pas la plus juste des restitutions, la sagesse et laplus élé111entaire habileté conseilleraient de le consentir à titre de don. » Nous voilà prévenus : la tactique conserYatricc se dresse dans toute sa splendeur : c'est par de grossiers appâts, c'est par des promesses fallacieuses, à peine dignes de Césars de décadence, qu'on espère détourner de nous les masses rurales patiemment converties. Vraiment, la manœuvre manque d'adresse. Supposer que le paysan se paiera de mots, croire qu'il ne pèsera pas les systèmes et qu'il sacrifiera à de prétendus amis ses plus chers intérêts, c'est ignorer sa psychologie, c'est méconnaitre la Yigueur de son intelligence. 11vient à nous par raison, comme par entraînement de cœur; il sait tort bien que sa cause est la nôtre, que nous ne nous bornerons pas, nous, à dégrever les gros, sous couleur de justice; il ne craint pas que le socialisme lui reprenne, au double, ce qu'il lui aura donné. Le mouyement qui l'emporte est fatal, irrésistible, car il sort de la nature même des (1) Pour l'Assemblée Constituante, l'impôt foncier n'était qu'une contribution sur le revenu .net des terres. (Loi du 1•' décembre 1790.) Mais avant 1789, la taxe sur les biens-fonds avait répondu it des notions diverses dont il serait intéressant de tracer une fois l'historique, et l'on y retrouverait, très nettement affirmée, l'idée de l'État-copropriétaire.
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