La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE MONOPOLE ET L'IMPOT PROGRESSIF 405 successifs ont bien promis d'étudier la substitution du monopole au régime actuel, mais les études se poursuivent et traînent toujours, et comme nos gouvernants ont d'excellentes raisons de ne point aboutir, l'on boit et l'on ~oira encore de l'alcool détestable. Le mouYement plus accentué qui s'est produit, en ces derniers temps, en fayeur de l'établissement effectif d'usines nationales de rectification, n'est qu'une manœuvre politique et ne correspond presque nulle part à des conversions sincères. Les conseils généraux qui ont donné satisfaction à M. Alglave et qui sont au nombre de quatorze ou de vingt-deux, comptent en majorité parmi les moins progre~sifs, et n'ont guere accueilli le prîncipe du monopole que pour mieux rrjjir111er leur bai11ede l'impôt perso1mel. M. Charles Dupuy, qui écrit pour ses électeurs de la Haute-Loire de petits filets d'allure patriarcale sur les bienfaits de la rectification, ne songe qu'à une reconquête du maroquin, trop longtemps rétif; enfin, le ministère Méline éproL1vele besoin de proposer une mesure quelconque aux Chambres pour pallier l'effondrement du projet Cochery, dit d' « imposition des reyenus ». Si le parti modéré était livre a lui-même, les fabricants d'alcool continueraient pendant des années encore à empoisonner la France. Heureusement, nos amis seront li pour pousser, l'épée dans les reins, M. Méline ... ou son successeur, et pour rappeler qu'il est temps de clore la période d'études et de passer à l'action. C'est au socialisme qu'il appartient d'enlever le monopole de l'alcool. Mais li ne s'arrêtera pas sa tâche : il faut encore empêcher le gouvernement de faire, des ressources11011vellesle, mauvais usage qu'-il méd-ile, et que de maladroits ministériels annoncent en termes imprudents. III Nous le répétons : le monopole de la rectification alcoolique ne répond en rien à la conception doctrinale du socialisme. On ne saurait, sans un véritable abus de -termes, l'assimiler aux industries socialisées du collectivism~. Mais, puisque nous adhérons au régime préconisé par M. Alglave, il s'agit d'en tirer les meilleurs résultats et d'en consacrer le produit au redressement des plus graves iniquités fiscales. Si, grâce aux millions escomptés, on entend opérer des dégrèvements, c'est (a mon avis) du côté des contributions indirectes exclusivement qu'il convient de les porter. • Le monopole de l'alcool n'est, dans sa formule prése~1te, qu'un impôt indirect a perceptiontransformée. La substitution de l'Etat a l'in~ dustrie privée ne touchera en rien aux charges du consommateur, qui se recrute surtout dans la classe ouvrière et que la taxe sur l'alcool, comme toutes les taxes de consommation, frappe progressivement a

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