LA REVUE SOCIALISTE nous laisser indifférents, et nous ùous félicitons de reporter sur l'alcool tout le poids des taxes qui grévent des consommations plus indispensables. Mais les résultats hygiéniques de la mesure nous touchent bien danntage, car ils intéressent de trcs près l'avenir physique, intellectuel et moral de la population, et surtout du prolétariat ouvrier. Il y a des années que la science médicale, aliéniste, criminaliste, dénonce l'alcoolisme comme le grand fléau du sicclc. L'intoxication par l'eau-de-vie a été aussi funeste poùr la société contemporaine que la peste pour l'antiquité et le moyen àge. Elle aura même tué plus d4li"omrncs, débilité plus de pcuplès, sévi sur des générations plus nombreuses. La 'peste du monde hellénique ou oriental ne frappait qu'à intervalles, par contagion immédiate. L'alcoolisme se transmet d'âge en f,gc, comme une tare fatale, comme un mal invincible, qui gagne sans cesse, et qui de chaque nouveau-né fait une victime. Nous n'arnns pas le loisir - et cc n'est point d'ailleurs notre sujet - de rappeler les statistiques tant de fois présentées, la montée constante de la consommation mortelle, sa répercussion proportionnelle sur le chiffre des fous, des idiots, des criminels. Il est des départements français, tels le Pas-de-Calais, le Nord, la Seine-Inférieure, où les races les plus robustes degénérent lentement, minées, rongées par le poison, et si l'on cherche l'une des causes profondes de la depopulation, c'est à l'alcool qu'il faut s'adresser. Prétendre restreindre la consommation, sinon par une lente, très lente éducation des àgcs, est une pure chimère. Puisque nous nous heurtons à une résistance presque organique, à une habitude enracinée et invétérée, tàchons d'en pallier les effets. Or l'unique moyen de purger les eaux-de-vie de leurs principes les plus malfaisants, et de servir réellement l'humanité, est de confier à -l'État le contràlc ou plutôt la production de l'alcool. A nos yeux, on n'obtiendra qu'un résultat partiel tres insuffisant en se ralliant à la formule Alglavc, monopole de la rectification, et la seule formule rationnelle, complète, indiscutable, est celle que Vaillant porta l'an dernier à la tribune, monopole de la fabrication. C'est en s'assurant outre la rectification la fabrication, que l'État pourra réellement combattre cette plaie de l'alcoolisme, et restreindre la fraude à un minimum insignifiant. L1 Chambre ne paraît pas, il est vrai, dccidee i s'orienter en cc sens. Tout cc qu'on a pu lui arracher jusqu'alors, ç'a été le vote par 29-1-voix d'un amendement "\'aile qui reproduisait les termes du projet Alglavc (2 juillet 1895 ). Le parti socialiste a tenu à confondre ses suffrages dans ceux de la majorité, quelque regret qu'il côt de ne point voir triompher une solution intcgrale. Il ne faut pas se dissimuler, au surplus, le caracterc platonique de cc scrutin. Les ministres
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