La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

402 LA REVUE SOCIALISTE depuis un siècle, et que les apports successifs des générations ont compliqué à outrance et faussé sans scrupule - craque de toutes parts. Au milieu de tous les régimes fiscaux européens en progrès, le nôtre s'est sans cesse surchargé de taxes abusives, en froissant de plus en plus l'instinct démocratique. Et maintenant ce sentiment populaire s'insurge et rcclame impcricuscmcnt ... autre chose. Cette ncccssité inéluctable d'un changement, on la sent dans les milieux les plus rcfractaircs, les plus fermés. Mais c'est le fait de tous les gouvernements en France de résister aux sommations de la foule, même après en avoir reconnu la légitimité. Ceux qui n'osent pas les repousser de front affectionnent les manœuvrcs tournantes qui les écartent pour une heure. Hostiles i l'impôt global progressif qu'ils qualifient- ridiculement - d'idée collectiYiste, le cabinet Méline et ses amis esquissent une stratcgie qu'il co1wicnt de démasquer, et qui, nous l'espérons, ne dupera personne. Par sa feinte complaisance pour le monopole de la rectification alcooliq uc, le parti conservateur compte ajourner une réforme des contributions directes dont il redoute les principes égalitaires : <le plus - et ceci est plus grave - il entend, par un inadmissible expedient fiscal, obtenir un résultat social, soustraire au rayonnement de nos doctrines les travailleurs ruraux - orgrwiser celle guerre de deux prolétariats préconisce jadis, a mots couverts, par le Président du Conseil a Soissons. La suppression du principal de l'impôt foncier est la prime que l'on fait miroiter aux yeux des cultivateurs grands et petits - en la liant etroitcment a l'institution du monopole. Pour nous, nous le disons tout de suite, nous acceptons, nous réclamons le monopole intégral de la production alcoolique, mais en outre nous demandons l'imposition du capital et du revenu qui, seule, permettra de dcgrcvcr réellement les petits laboureurs et de répartir plus équitablement les contributions directes. I I Les moderés se remuent avec cnergie, a cette heure, pour demontrer que l'idce maitresse du monopole ne revient pas aux rcpublicains avances. Il y a quelques années, ils se démenaient avec non moins de vigueur, pour préscr\'cr les bouilleurs de cru, leurs clients, de cette « entreprise collcctiYistc ». L'optique politique change. Pour bic1J des raisons, nos achersaires refluent \·ers une institution qui les terrorisait jadis et dont le seul nom raYivait leurs coléres. Félicitons-les de ce rcYircmcnt, mais ne croyons pas trop a la sincérité de l'enthousiasme qu'ils affichent. Si l'on veut être juste, il faut rendre à M. Alglave cc qui lui

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