La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE PROBLÈME FISCAL 399 ment, ce sera l'inverse : le paradis sera bientôt vide et l'enfer plein. Les bienfaits de l'État sont funestes. Si notre bourgeoisie est affaiblie comme elle l'est, intèllcctucllement et moralement, c'est pour avoir tr?p compté sur l'État pour sa subsistance, trop recherché les places de l'Etat, trop envoyé ses enfants dans les écoles spéciales de l'État. Que le peuple profite de cet exemple et n'accepte qu'un socialisme Yiril et fier. Je suis toujours, en parlant ainsi, au point de nie du droit strict; mais, bien entendu, j'accorde qu'à côtl'.:du droit strict, il y a place, et ·une place énorme, non seulement pour l'association et l'assurance, mais pour la fraternité libre. Il est certain que le riche doit Yenir en aide au pauvre; toute la question est de samir qui, de celui qui aide ou de celui qui est aidé, fixera la mesure dans laquelle cette aide sera fournie. Pour appeler les choses par leur nom, c'est, dans le premier ·cas, la fraternité qui s'exerce et, dans le second, l'injustice qui se donne carriére. Contraire à la justice et au principe de l'inégalité des positions, l'impôt personnel est en outre contraire a l'ordre et à la liberté de l'indiYidu. Non seulement l'État n'a pas le droit de vi\Te aux dépens de l'individu; mais l'État n'a pas le droit de savoir cc que posséde l'indiYidu, pas plus qu'il n'a le droit de savoir cc que pense l'individu de Dieu et de l'im111ortalité de· l'àmc, ni de quels aliments se nourrit l'indiYidu, ni de quels vêtements il s'habille, ni quelles distractions il préfére. Il y a un domaine pour l'activité collective qui est celui de l'autoritc; il y en a un pour l'activitc individuelle qui est celui de la liberté, et ce domaine est sacré. Si l'État aYait le droit de connaître notre aYoir en capital et revenu, il aurait le droit de l'afficher au pilier public; en nous promettant le secret, il avoue son abus de pouvoir. Alors, de deux choses l'une : ou l'État s'en remettra à notre déclaration, provoquant ainsi à la fraude, et les gens scrupuleux paieront pour les autres; ou il prétend la vérifier, et nous sommes en pleine tyrannie. J'appelle de tous mes vœux le jour ou je cesserai de me heurter à des fanatiques de liberté absolue ou d'autorité absolue et ou je pourrai sympathiser avec quelques personnes trcs autoritaires dans les matiéres d'interêt public, trcs libérales dans celles d'intérêt privé, qui, respectueuses comme je le suis des droits de l'État, seront en même temps jalouses comme je le suis aussi des droits de l'individu. En attendant, fossé-je seul ou presque seul, je maintiendrai à mes ris9ues et pcrils .ce principe du libéralisme vrai que les méfaits de l'Etat sont un désordre au même degré que les méfaits de l'individu et que, pour être perpétrés dans les formes légales, avec l'appui de la force et en toute certitude d'impunité, ils n'en sont pas moins répréhensibles. Il est abusif de la part de l'État de contraindre l'individu à lui dire de quoi

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