La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE raient, <fansla complexité de l'état industriel et commercial, tels qu'ils étaient d,rns la simplicité de l'état sauyage. De même qu'ils rentraient chez eux ayant plus ou moins diligemment et adroitement chassé dans la forèt commune, de même la richesse serait à la fois la conséquence et la récompense <lutra\'ail et de l'épargne, la pauvreté serait la conséquence et le ch,itimcnt de la paresse et de la dissipation. Une telle société serait actiYe et riche et se soutiendrait par ses forces intimes, sans aucun étai extérieur. La morale individuelle aurait sa sanction naturelle, et l'État pourrait laisser les individus demander librement soit à la religion soit à la philosophie l'appui dont ils auraient besoin pour supporter les duretés de la nature ou résister à leur propre faiblesse. L'impôt nous barre l'accés de cet idéal. Dans sa marche de la. pauneté ù la richesse par le tra\'ail et l'épargne, l'indiYidu est suiYi ·pas ù pas par k fisc qui l'exploite et le dépouille. L'impôt multiple l'écrase tout d'abord. L'impôt proportionnel pése également sur lui d'un poids relativement plus lourd au début qu',\ la fin de sa carriérc. L'impôt progressif commence par le ménager, h1ais c'est pour finir par l'accabler. Bien mieux : il vous donne un peu quand vous êtes pam-re ;..i/ vous prend bc~ucoup quand vous êtes deYenu riche. Mais alors pourquoi se priverait-on d'être indolent et dépensier puisqu'on n'en souffrirait nul dommage? Pourquoi s'astreindrait-on à être laborieux et économe puisqu'on n'en retirerait nul profit? Que le radicalisme y songe : il a peut-être tort de se brouiller avec l'Église. Un peu de surnaturel et de religion d'État ne serait pas de trop pour faire accepter ou subir à l'élite de l'humanité le métier de chien de rémouleur qu'il Iui résen·c. Il est dans la nature de l'homme, non de l'homme réel, mais de l'homme idéal, de travailler d'abord pour lui et les siens. Et il n'y a pas à faire ici de distinction entre le nécessaire et le superflu: on tra- \'aille autant et plus pour celui-ci que pour celui-là. On voit assez souve11tdes hommes qui n'ont pas le courage de traniller même pour se procurer le nécessaire; on n'en voit guére qui, ayant obtenu une certaine dose de superflu, ne continuent a travailler pour en avoir davantage. Le superflu, c'est le charme et la joie de la vie; c'est le paradis ici-bas, comme le manque du nécessaire y est l'enfer. De l'enfer au paradis, la porte est ouverte : c'est le travail et l'cpargne. Ne touchez pas à leur produit, le paradis se remplira et l'enfer se videra ainsi que se vident les prisons des pays bien administrés sur lesquelles flotte le drapeau blanc. Et comme, apn'.:s tout, nos facultés et nos vertus, laissées à clics-mêmes, ne sont pas si dissemblables, il y aura quelques gros saints, un peu plus de moyens et beaucoup de petits. Mais que l'État ne vienne pas s'emparer du superflu de ceux qui s'en sont donnl'.!pour garantir le nccessaire a ceux qui en manquent; autre-

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