LE PROBLÈME FISCAL 397 dehors de toute nécessité et qu'il n'en profite absolument pas. Total 1~0 francs par tête, soit 400 francs par famille, de pris indûment ·par l'Etat à l'individu. Dans le système de l'impôt unique, proportionnel ou progressif, on n'a p~us même la peine d'inventer et de faire accepter un nouvel impôt. L'Etat dépense, s'endette, puis vient dire qu'i.111c augmentation du taux de la proportion ou de la progression lui est nécessaire. Cela s'appelle« donner un tour de vis au pressoir. » Or ce tour de vis est particulièrement aisé à donner dans le système progressif. La nation étant alors partagée en deux classes, ceux qui ont dr1superflu, ou les riches, qui sont en minorité et qui paient la plus forte part de l'impôt, ceux qui n'ont tout au plus que le nécessaire, ou les pauvres, qui sont en majorité et qui paient la plus faible part de l'impôt, comment toutes les augmentations d'impôt ne seraient-elles pas votées haut la main? Mais cc n'est pas tout. Du moment ou la majorité qui vote l'impôt le paie peu ou point, pourquoi n'en emploierait-elle pas le produit à son profit? Pourquoi, après a,·oir introàuit l'« équit6 » dans les recettes de l'État ne l'introduirait-on pas dans les dépenses? Cette introduction ne saurait tarder et, si Yous en doutez, regardez cc qui se passe là ou l'impôt progressif fonctionne déjà. Vous verrez pulluler les résolutions ou propositions de dépenses d'équité : travaux publics excessifs et désordonnés qui donnent du travail aux ounicrs, des bénéfices aux entrepreneurs ou propriétaires fonciers, et des suffrages aux candidats politiques; contribution de l'État aux frais d'assurance contre les accidents, le chômage, la maladie, la vieillesse; fourniture gratuite par l'État des médicaments et soins médicaux, du pain, etc., etc., toutes fournitures d'intérêt privé et non public. L'impôt tend bien ainsi a deYenir un instrument pour appaunir le riche et enrichir le pauvre. Mais, abstraction faite de ses proportions et de ses dc,·iations, l'impôt, quelle que soit sa forme, n'est pas seulement en dehors de la justice, il est contraire a la justice; et, pour cette raison, il est destructif de tout équilibre social. Dans une société fondée sur l'iniquité, telle qu'était la nôtre il y a un peu plu's '.de cent ans, oü les riches sont et restent riches et ou les pauncs sont et restent pauvres du fait de la loi, il se dépense peu d'énergie et il se fait peu de progrès. A quoi servirait-il aux riches d'être sages et aux paunes de se donner de la peine? Si même la sociét6 subsiste, si les pauvres qui seuls travaillent et seuls paient l'impôt ne se révoltent pas, c'est qu'on leur garantit une compensation dans l'autre monde. Soit, au pôle opposé, une société rationnelle où, grâce a la justice commutative et à l'égalité des conditions, l'État subsisterait sur la rente foncière, et oü, grâce à la justice distributive et à l'inégalité tles positions, l'individu demeurerait en pleine et entière possession des fruits de son travail. La, les hommes se retrouve-
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