LA REVUE SOCIALISTE indication. Après avoir tres légèrement et trcs superficiellement i1wogué la justice, tous, A. Smith et J.-B. Say en tête, invoquent irnm<'.:diatcment cc qu'ils appellent l'« équité» quand ils ajoutent que « l'impot progressif a cet avantage de ménager le nécessaire des uns en pesant sur le superflu des autres.» Eh·bien, il ne faut pas s'y tromper: dire, en pareille matière, qu'on abandonne le terrain du droit strict pour se placer sur celui de la fraternité, c'est dire qu'on abandonne la raison pour le sentiment, la science pour l'empirisme. Sur cc point, je serai net. S'il s'agit, en attendant qu'on ait rendu sa fortune à l'État, et en même temps qu'on prendra des dispositions dans ce but, de soulager dans une certaine mesure les contribuables pauvres en chargeant un peu les contribuables riches, il n'y a rien à dire. :S'il s'agit, au contraire d'instituer definitiYement l'impot progressif pour remplacer la restitution du sol à l'État, je combats ouvertement cette combinaison comme non socialiste, mais radicale. Ce qui distingue en effet le socialisme et le radicalisme, c'est que le premier, ayant reconnu l'injustice sociale, prétend la supprimer pour faire régner la justice, tandis que l'autre la laisse subsister en s'efforçant de la compenser par une injustice en sens contraire. L'un est le médecin qui -veut faire disparaître la maladie par un régime séYère; l'autre est celui qui remédie aux désordres de l'organisme par d'autres désordres. L'un guérit son malade; l'autre l'aide à viHc et même à mourir. Par cela seul qu'il est en dehors de la justice et de la science, l'impot est quelque chose d'indéfini et d'arbitraire. C'est une pente plus ou moins inclinée, mais toujours glissante. Si l'État était en possession du sol et Yivait des fermages guc lui paieraient les entrepreneurs ou consommateurs locataires des terres, il aurait un certain reYenu à dépenser, et, s'il s'avisait de Ycnir demander quoi que ce fùt à l'individu, cette démarche aurait aussi mauvaise façon que celle d'un individu jeune et valide. allant mendier un secours de l'État. Mais l'État, dépouillé de son capital foncier et subsistant entièrement aux dépens de l'indiYidu, se trouyc dans la position d'un fils de famille qui dépense beaucoup, soutire de temps en temps quelque argent à son père, fait des dettes et se ruine. De même l'État dépense d'abord, vit sur le crédit, puis vient faire appel à l'irnpot. Dans le système de l'impôt multiple, il faut alors créer un impot nouveau; mais on s'assure que cette difficulté n'est pas grande, quand on voit ou nous en sommes arri Yés sous cc régime. Dans un pays de 40 millions d'âmes, ou la valeur de la rente nette des terres s'élcYc à 2 milliards, chaque citoyen devrait, en moyenne, consommer pour 50 francs de services publics qui ne lui coùtcraicnt rien. Au contraire, il doit payer d'abord 50 francs pour ces serYices puis 50 autres francs pour l'intérêt des dettes de l'État dont on pourrait soutenir sans paradoxe qu'elles ont été faites en
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