La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE PROBLÈME FISCAL' 395 d'eux-mèmes. Rien de tout cela n'aura lieu pour les produits ou serYices d'intérêt public. Le besoin de ces produits ou services n'étant ressenti et mesu~é par les hommes qu'en tant que membres de la communauté ou de l'Etat, on n'en peut abandonner la production à des entreprises particulières. L'État eioit les produire lui-même en la quantitc qui lui convient. Ensuite, les individus, quand ils ont réparti leur revenu entre les produits ou scn·ices d'intérêt priYé, ont ainsi accompli leur destinée plus ou moins bien e_nobtenant des positions personnelles inégales. Au contraire, qu'a fait l'Etat quand il a réparti son revenu entre les prnduits ou services d'intérêt public? Il a préparé le milieu d'accomplissement des destinées humaines en établissant les conditions sociales générales. Or si, quelles que puissent être nos destinles, leur accomplissement nous importe c'.:galement à tous, ou si, dans une société rationnelle, les conditions sociales générales sont égales, l'État qui doit aYoir le monopole des produits ou ser.vices d'intérêt public, doit aussi nous les fournir à tous gratuitement; et, ainsi, il nous rend à tous un serYice c'.:gal.Par conséquent, il faudrait dire, pour répondre à la question du principe de l'impôt telle qu'elle est posée ci-dessus, que les citoyens, participant également aux avantages des services publics, doiYent contribuer également aux frais de ces services . .Yiais cette expression est mauvaise, l'idc'.:emême d'une contribution des individus aux dc'.:pensesde l'État étant empruntc'.:e au point de vue d'un individualisme exclusif. Pour parler le langage du socialisme synthétique, il faut dire que l'État, qui a ses besoins comme l'individu les siens, doit avoir ses ressources comme l'individu les siennes, et que, dans la répartition de la richesse sociale, il doit y arnir une part faite à la communauté en même temps qu'une part faite à la propriété. C'est à quoi nous avons pourvu, dans la Théorie de la propriété en attribuant les terres et les fermages à l'État aprés avoir attribué les facultés personnelles et les salaires aux individus. Ni l'impàt proportionnel ni l'impàt progressif ne sont donc en état de mettre hors de contestation le principe de justice sur lequel ils pourraieht reposer. A cet égard, ils se valent; mais il y a pourtant entre eux une différence de position. Le systeme proportionnel, s'il ne dérnontre pas son principe, peut, du moins, l'affirmer. Le systéme progressif ne peut pas même affirmer le sien sérieusement un seul instant. En effet, le nombre des progressions par quotient, ou progressions géométriques, croissantes est infini : il y en a autant que de raisons supérieures à l'unité. Ainsi l'affirmation pure et simple de cette proposition que les citoyens profitent des services publics en progression de leur avoir impliquerait essentiellement l'indication de la raison déterminée de cette progression. Or on ne voit pas qu'aucun des publicistes partisans de l'impôt progressif ait jamais songé à fournir cette

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