La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LE PROBLÈME FISCAL 393 II 1 Lorsqu'on ess_a-iede fonder la théorie de l'impôt sur un principe de justice, on pose en principe que les citoyens doivent contribuer aux frais des services publics dans la mesure suivant laquelle ils participent aux avantages de ces services. Puis on se demande si les citoyens parti-· cipent aux. avantages des services publics en proportion ou en progression de leur revenu ou de leur capital, ou <le toute autre maniére. Telle est la première question que nous ayons à résoudre. On a sensiblement éclairci, dans ces derniers temps, plusieurs points obscurs de l'économie politique par la conception des courbes d'utilité telles que les courbes d'utilité de grain et de viande dont je me suis servi dans la Théorie de la propriété. Cette conception consiste à supposer mesurables, pour la plus grande precision du raisonnement, des grandeA.us qui ne le sont pas : savoir les intensités décroissantes des besoins qui sollicitent les unités s~ccessives des diverses marchandises. Cette supposition admise, on se représente sans difficulté l'individu sachant d'abord exactement quelle quantité de grain, de viande, de tel ou tel aliment, vêtement, meuble, etc., il est en état de consommer, abstraction faite du prix, s'il l'avait à sa disposition; comparant ensuite exactement non-seulement l'utilité de la première unité de chaque marchandise pour lui à celle de la seconde unité, l'utilité de la seconde unité à celle de la troisiéme, mais aussi l'utilité de la première, de la seconde, de la troisième unité de chaque marchandise à l'utilité de la première, de la seconde, de la troisième unité de telle ou telle autre marchandise; voyant enfin exactement, les prix étant donnés, comment il doit répartir son revenu entre .]es diverses marchandises pour se procurer la plus grande somme possible de satisfaction de ses besoins. Je crois que le meilleur moyen de résoudre la question de la participation des citoyens aux avantages des services publics en nous arrachant à la domination des idées rebattues et à l'influence des faits environnants est d'emprunter hardiment cette conception aux produits et services d'intérêt privé pour l'étendre aux produits et services d'intérêt public. Pour cela, éleYons-nous d'abord au-dessus de ce point de vue étroit et faux qui s'obstine à considérer les services publics comme consommés par l'individu, qui demande, par exemple, à quoi sert le musée du Louvre à un paysan des Basses-Alpes qui n'y met jamais les pieds. Tâchons de comprendre qu'un jugement civil ou criminel ne rend pas proprement service au gagnant plus qu'au perdant, à la victime plus qu'à l'assassin, mais à la so.ciété qui a besoin de justice et

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