392 LA REVUE SOCIALISTE bien pensant, se chargeait immédiatement de faire toucher du doigt. « Avant l'innsion du socialisme, disait-il, les économ~stcs menaient la « campagne de la réforme des impôts; ils ne se bornaient pas à réclamer « la diminution et la simplification des tarifs de douanes; ils demandaient « la suppression des octrois, et ils se montraient généralement hostiles « aux impôts indirects, en quoi ils n'étaient pas d'accord aYcc les finan- « cicrs. » Ici, une peinture de l'ardeur réformatrice des économistes et un résum6 de leur langage en faveur de l'impôt unique et direct. « Aujourd'hui cc langage a chang6; cette ardeur s'est refroidie, sinon « éteinte. Ces impôts que nous attaquions hier avec tant d'entrain, nous « les défendons aujourd'hui, et, chose pénible à aYouer, toute notre « ambition serait de les conserver en attendant des temps meilleurs. « A quoi cela tient-il?» A l'apparition de l'impôt unique et direct non plus /)roporfio1111el mais progressif. « Les socialistes sont venus. Et Yoilà « comment il se fait que les économistes défendent aujourd'hui ce qu'ils « attaquaient hier. » Singulière science que cette science officielle qui tourne à tous les ycnts sans jamais quitter son attitude d'infaillibilit6 ! Comment·! Les économistes proposaient l'impôt unique proportionnel. D'autres proposent l'impôt unique progrc~sif. Et cela oblige les économistes à nous soutenir dor6naYant que l'impôt multiple est l'impôt proportionnel par excellence! Figurcz-Yous des 6lcves de Pasteur qui auraient des raisons de croire que la ficHe typhoïde, le choléra et certaines maladies cpidérniqucs sont ducs à la présence de microbes dans les eaux alimentaires et qui, en cons6qucncc, préconiseraient l'assainissement des sources. Surviennent des gens qui demandent que l'État amcne l'eau potable au domicile de tous les citoyens. Et voilà nos bact6riologucs recevant de l'Institut la consigne de soutenir dorénavant que l'eau des égouts est tout cc qu'il y a de meilleur à boire! Quels progrcs ferait l'hygiène à cc régime! Nous en sommes là en économie politique et sociale. Voulez-vous le diapason de l'orthodoxie pour le quart d'heure? Ou vrcz le Journal des Débats du 3 juin r 896; il vous dira que « le systcmc financier de la France a fourni les prem·es cela- « tantes de sa supériorit6 sur tous les systèmes financiers connus et « appliqués dans le monde civilis6. >> Cela étant, nous n'avons que deux choses à faire : constater l'abandon par les économistes contemporains de toute théorie de l'impôt et leur acceptation de la routine fiscale des gouvernements et des financiers; et critiquer la seule doctrine en présence de laquelle nous nous trouvions dorénavant, celle de l'impôt progressif. C'est à quoi nous allons procéde; en tâchant de la prendre et surtout de nous prendre nous-même au sérieux. Seulement, n'en déplaise au Journal des Débats, nous la critiquerons non comme socialiste, mais comme anti-socialistc.
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