La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE reYenus autres que celui du travail. « Ainsi l'individu protégé dans son « traYail par celui qui mo~tc la garde, juge ou administre, est protégé « non seulement dans son travail pe1sonnel, mais dans le travail accu- « mulé de ses pères, qui s'est connrti en bonnes terres, en belles habi- « rations, en riches mobiliers. Tout cela représente un reYenu de 10, cc 20, roo francs peut-être par jour. On le lui conserve, il faut qu'il paie cc une rémunération pour la protection de son bien antérieurement « acquis, comme pour la protection du bien qu'il acquiert chaque « jour. ,, (Id.) Et qu'est-cc que l'impôt? Le prix de cette sécurité dans la recette et la dépense des revenus. « On doit donc l'impôt « suiYant le revenu de son tra,·ail, et suivant le reYenu de ses biens « transmis ou acquis. Voilà cc que l'on entend par la proportionnalité cc de l'impôt. " (Id.) Mais, direz-vous, l'État fait autre chose que d'assurer la sécurité; et, même dans cet ordre d'idées, il protège autre chose que nos revenus : notre vie, celle de nos enfants, l'honneur de nos femmes et de nos filles. La Yaleur de ces choses 'est-elle donc proportionnelle au montant de nos salaires, de nos intérêts et de nos fermages? - Je suis entièrement de Yotrc avis, et je trouve que ce marmiton qui répondait au roi Louis XI lui demandant ce qu'il gagnait: « Je gagne mes dépens comme le roi les siens " avait une philosophie sociale plus relevée que celle de M. Thiers. Mais cet aYis n'est pas celui des économistes. Tous, ou :\ peu prés, voient les choses du même œil que l'auteur du liHe De la propriélé. Et, quand parut cet ouHagc, le Journal des Eco11n111isles, organe de l'école, dit à propos de la partie consacrée au principe de l'impôt: <c Ici, M. Thiers a été plus heureux. <c S'emparant, aYec un merveilleux savoir-faire, d'une comparaison déjà c< employée entre l'État et une compagnie d'assurance, il démontre « d'une manic:rc mathématique la justice de l'impôt proportionhcl. »(1) Pour les économistes, il est mathématiquement certain que l'honneur de Madame h Comtesse dont le mari jouit de 200,000 liues de rentes en terres proYcnant du « travail accumulé de ses pères" Yaut 20 fois celui de l'épouse de M. Joseph Prudhomme qui n'en a que 10,000 en 3 °/o amassées par lui dans le commerce, et 100 fois celui de la femme d'un artisan qui gagne 6 ou 7 francs par jour à son atelier. Cette mathématique est bien aristocrate! Ainsi d'accord sur le principe, M. Thiers et les économistes se séparnient jadis sur l'application. A)•ant écrit ses chapitres II et III : Dn pri11cipdee l'i111/1ôt e De la réparlitio1d1e l'impôt, dans lesquels il établissait: cc Que l'irnpot doit atteindre tous les genres de rcYenus, ceux de la propriété comme ceux du travail,,, et: « Que l'impôt doit être pro- (1) ]oumal des Économistes, T. XXII, p. 162.

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