La Revue socialiste - 1896 - Tome XXIV- vol 02

RE\'lJE DES LIVRES 377 pour ne laisser que des i11tclligmccs. Or, c'est le caractcn:: plus que l'intelligence qui fait un peuple supérieur. C'est l'accroissement du nombre des braclwcéphales qui abaisse Je nh·eau de l'énergie et de la moralité, qui développe les instincts ser\'iles et la passiYité; c'est cet accroissement qu'il (,1ut combmtre. On a fortement' mis en doute, ces temps derniers, - avant et après M. Brunetière - la bonne influence de l'instruction sur les mœurs; ,\,[_\'acher de Lapouge va plus loin : il rcfme <le croire à l'amélioration des sociétés par la culture du cœur et de l'esprit. li attaque les préjugés cour:rnts en Lt m.tti0n.:, prétend - comme Schopenhauer - que l'éducation ne change pas le caractère, que ses effets, dans l'indi,·idu, ne sont pas tous transmissible~ par l'hérédité, et que c'est caresser une utopie que de .:raire à son action eHica.:c pour assurer le progrès de l'humanité. Il faut recourir à des moyens autrement radicaux et plus sùrs; il faut reYenir :t la moral.:: simple et saine des Anciens, qui s'appelle aujourd'hui la morale sélectionniste; il faut enfin remplacer le devoir envers un Dieu surnaturel et chimérique par le devoir enYers l'espèce - et pratiquer l'âevag~ de l'bo111111r. On le voit, M. Yacher de Lapougc ne manque pas de hardiesse. Arrivé au bout de ses investigations, il condut à une réforme absolue de notre conception de la ,·ie sociale et de nos idées sur le progrès. La civilisation, en permettant l'existence à un nombre toujours plus grand de faibles et de dégC::- nénis, encourage la procréation d't'.:tres qui contaminent par la contagion dt: leurs maladies et de leurs Yices b société tout entière. Lt: nai remède serait une ~élection sévère des eugéniques, qui seuls de,-raient pouvoir se reproduire. Le savant professeur passe complaisamment en revue les diffl:rcnts moyens <l'empêcher le pullulement des in<liYidus de la race inférieure et tarée. 11 mentionne à ce sujet ceux que préconisent certaines socit'.:tès :rnglaiscs ou américaines, tels que la relégation, la castr:ition même des sujets contaminés, ou, tout au i'noins, de fortes pénalités pour deux ou trois catégories de nl:l!ades qui contreviendraient à une loi leur interdisant de procréer. M. Vacher de Lapouge donne sans doute ses idées pour ce qu'elles ,·aient; il ne prétend point dresser un plan complet de réformes juridiques; il laisse entendre que œs réformes doiYent être précédées d'une transformation sociale absolue, et que de semblables 111es1,1rense peuvent être prises que dans l'Etat socialiste. Et cepen<l.mt, il fait bien voir dans sa critique des lois, de la politique, de la morale chrétienne - dont il ne considtrc du reste que le côté ascétique - que ces doctrines, basées sur la pure science bio-anth.ropologique, brutales mais fécondes, sauveront seules le ,·ieux monde aux institutions croulantes. On lui -reprochera sans doute, en ce temps <l'idéalisme renaissant, de faire abstraction totale de la dignité, de la personnalité de l'être humain, de couper toutes les hautes aspirations considérées comme légitimes par la conscience actuelle. Les chrétiens, ks mystiques de toutes couleurs, crieront anathème, les bons bourgeois, pondérés et rassis, les jouisseurs sans scrupule protesteront indignés. Ils ne troubleront pas la quiétude et la sérénité de l'auteur de cette œuvre profonde et fouillée, hardie et nouvelle, ·qui n'est pas seulement un savant, mais aussi un philosophe citant Lucréce, orgueilleux comme lui d'une sagesse plus hautaine peut-être qu'impeccablc. R. F. 1 •

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